vivre dans les livres
ça peut aider
à vivre pour de vrai
Vivre dans les livres
Ivre de Cripure
Et des pieds nickelés
vivre dans les livres
de mémoires
du berceau à l’outre-tombe
vivre dans les livres
des classiques Garnier
et des romans de gare
vivre dans les livres
de Sylvie et Jérôme
dans l’univers des choses
vivre dans les livres
de Calligrammes
Cœur Couronne et Miroir
vivre dans les livres
du petit Candide
bâtard de Thunder-ten-Tronckh
vivre dans les livres
qui partent dans tous les sens
lecteur vous êtes d’une curiosité bien incommode
vivre dans les livres
des bibliothèques liquides
de l’enfant de la haute mer
vivre dans le livre
où se confondent dans un seul mot
les infortunés et les infâmes
vivre dans le livre
de l’homme des Essais
sujet merveilleusement vain divers et ondoyant
vivre dans la vie mode d’emploi
avec un certain Plume
et Zazie dans le métro
vivre dans les livres
pernicieux pour la foi
l’éloge de la Folie
le Cymbalum Mundi
vivre dans les livres
d’Emma Bovary (née Rouault)
et d’Élise (ou la vraie vie)
et mourir dans les livres
de la promesse de l’aube
réduite à peau de chagrin
CRIPURE (CRItique de la raison PURE) Le sang noir Louis Guilloux
– les pieds nickelés Louis Forton
Mémoires d’outre-tombe Chateaubriand
Les choses Georges Perec
Calligrammes Guillaume Apollinaire
Candide Voltaire
Jacques le fataliste Diderot
L’enfant de la haute mer Supervielle
Les Misérables Victor Hugo
Les Essais Montaigne
La vie mode d’emploi Georges Perec Un certain plume Henri Michaux
Zazie dans le métro Raymond Queneau
L’éloge de la folie Érasme Cymbalum Mundi Bonaventure des Périers
Madame Bovary Flaubert Élise ou la vraie vie Claire Etcherelli
La promesse de l’aube Romain Gary La peau de chagrin Balzac
VÉNUS DE SABLE


UN INÉDIT encadré par deux citations
ce que j’écris ? quelques poèmes
ayant pour thème ce que je vis*
*Henri Thomas
inédit
comme on dit
d’un poème
de revue
la couleur rouille des chrysanthèmes
brûle les roses du cimetière
tu reprends le fil
du récit
à la page
du temps arrêté
pour les enfants
on fait le chat
et pour les vieux
le paresseux
la tête en bas
les pieds aux cieux*
*Jacques Roubaud
TU TRAVAILLES DU CHAPEAU
à Alain Gerber,
tu travailles du chapeau me disait ma mère mon père portait le béret et dans les fêtes paysannes où chacun.e y allait de son petit chant « le béret » était la chanson qu’on lui réclamait elle était interminable* mais il se faisait un plaisir de la mimer et on l’applaudissait je l’ai porté un temps à Arreau Hautes Pyrénées où je faisais le prof un peu comme provocation mais je manifestais ainsi mon naturel issu de culture et de contestation j’avais aussi les longs cheveux et la barbe des barbudos comme un sauvage paisible et bucolique je me souviens qu’un soir à Caracas où je faisais avant Arreau ma coopé un bistrotier m’a comparé au fameux Papillon qui avait écrit cette histoire de bagnard échappé de Cayenne passé soi-disant par la Goajira un roman qui fit grand bruit chez les germanopratins –ils s’esbaudissaient devant un chef d’œuvre de littérature orale – Charrière puisqu’il faut l’appeler par son nom avait un bar à filles à Caracas où j’entendis dire que le patron était loco de piedra « comme une pierre folle » mais que moi c’était plutôt la folie douce « quand mon père regarde au fond de son chapeau il ne trouve toujours pas les mots qu’on cherche » je recopie l’incipit d’un roman** que personne ne reconnaîtra sauf l’auteur qui hélas ne lira pas mon petit fragment que toutefois je lui dédie
*Moi mon chapeau je le mets dans ma poche Je suis gascon et porte le béret
**Une rumeur d’éléphant
LE SECRET
le secret – chut ! ne le dis pas – je suis toi moi elle – tiens à ma connaissance Pessoa ne s’est pas inventé d’hétéronyme en elle – le secret – non je ne suis pas qui je suis – moi postiche moi pastiche – le secret du secret – work in progress – mais qu’est-ce que tu fabriques ? – j’écris tu le vois – ah !ah ! – je chuchote je balbutie dans l’indifférence – en secret avec ceux et celles qui partagent notre empire de capacités – nos liens qui nous délient – avec ceux qui la vie durant creusent leurs objets de connaissance – pour tâcher d’y voir clair – ma chère mon cher je vous suis reconnaissants de votre identité ainsi bariolée comme celle d’un.e indien.ne en fête visage de rocou et chants adressés au mythe des origines –si on te demande poète ce que dans la vie tu fais réponds – chut ! c’est un secret