DIEU





Que Dieu existe ou n’existe pas ? – Pas mieux ! dit en substance Gérard Genette, dans son entrée. (Dieu : Apostille). Légèrement moqueur, disons, il illustre par sa formule, sa devise personnelle : « modéré, mais sans excès ».( la meilleure traduction, dit-il, de l’annotation musicale, moderato ma non troppo ).





Mais, si je puis me permettre, je trouve G.G. bien pusillanime, quand il adresse quelques « jurons stéréotypés » à Qui-Vous-Savez. Sur le sujet il faut se tourner résolument vers le grand Georges, dont « la ronde des jurons » est un pur chef d’œuvre, toute catégorie littéraire confondue. Brassens, en effet, d’un rythme alerte et enjoué, décline tous ces jurons en –bleus, qui désignaient de manière atténuée « dieu » pour ne pas que la sainte mère Église ne sévisse. Exemple « palsambleu : par le sang de dieu. Lisez et écoutez ce festival, tiré de derrière les fagots et de la recherche effrénée de Jojo :





« Tous les morbleus, tous les ventrebleus Les sacrebleus et les cornegidouilles
Ainsi, parbleu, que les jarnibleus Et les palsambleus
Tous les cristis, les ventres saint-gris Les par ma barbe et les noms d’une pipe
Ainsi, pardi, que les sapristis Et les sacristis
Sans oublier les jarnicotons
Les scrogneugneus et les bigr’s et les bougr’s Les saperlottes, les cré nom de nom
Les pestes, et pouah, diantre, fichtre et foutre
Tous les Bon Dieu Tous les vertudieux
Tonnerr’ de Brest et saperlipopette
Ainsi, pardieu, que les jarnidieux Et les pasquedieux »





Cependant, après « le polisson de la chanson », je ne peux terminer l’article, sans évoquer mon père, qui avait hérité du doux nom de Noël, mais qui pour ce qui concerne l’affaire Dieu, n’y allait pas par quatre chemins. Combien de fois l’ai-je entendu pester ses mille dious de rémilledious, mille dieux de remilledieux !, le soir dans son étable, trayant à la main ses 2 ou 3 vaches, qui, agacées par les mouches et les taons, n’arrêtaient pas de bouger la queue, et manquaient de renverser le précieux seau, rempli du bon lait de nos pâturages, et que les « paroissiens » du village viendraient un à un chercher dans leur petit pot ma mère. (C’est elle qui les servait, bien qu’elle ne s’appelât pas Marinette).





Un dernier mot, pour Dieu sait qui, mais qu’il m’agrée d’ajouter à mon « dictionnaire à part moi. »

Ces « millediousdérémilledious », en occitan, jamais au grand jamais, je ne les ai entendus dire par personne d’autre que mon cher papa. Mais il faut dire qu’il fut toujours un dieu pour moi.

Mon père Noël
voix paroles et musique
JJ Dorio
accompagnement guitare
Philippe Bruguière
studio Le Petit Mas
le cd est à commander à
doriojeanjacques@gmail.com
merci de soutenir les créateurs clandestins

HYPNOGRAPHIES

DEUX PAGES
en vis-à-vis
cherchant la voie
sans la nommer

Nuit blanche sur la page

La main sans maître projette

Son alphabet des ombres





Jacqueline Saint Jean

Sur les « hypnographies »

de Jean Jacques Dorio





BRASIER DES OMBRES

Livre en 12 exemplaires

printemps-automne 2014





Depuis dix ans j’écris chinois

sans le savoir

Ça me délasse et me délie

De mes tracas de mes dénis





Je laisse aller

Selon

L’humeur





Brièvement

Bris et débris

Épiphanies





Écrits en l’air

Dans le ciel de la page

Cherchent la voie

Sans la nommer





Tracent la perte

Ouverte aux rêves

Sans retours





Hypnographies





8 mai 2020

POST 8 MAI 2020

Je rêve de Puerto Colombia
Où je gavais les pélicans
Des écrits de Feu Lautréamont

PUERTO COLOMBIA

28 09 1969

Un tout petit coin où je suis hébergé par un Uruguayen et sa femme Vénèze.

Ils avaient un beau berger allemand, une chienne qu’ils appelaient Mata.

Je relis mes notes d’un cahier que je vais jeter.

J’y ai passé une petite semaine de vacances, avant de reprendre mes cours de français à Caracas.

J’ai admiré des heures durant messieurs et dames Pélicans, qui plongeaient à la verticale de leur bec,

et mettaient le poisson dans leur poche.

Je retrouve la liste des livres emportés, Balzac Les Paysans, que je ne me souviens pas avoir lu, du Char en poésie, le manifeste de Breton et Spectacles de Prévert.

De mes griffonnages, il reste un poème écrit le 23 octobre à 23heures. « Furor ».

Je l’ai publié tel quel dans mon recueil chez Oswald, en 1975. Et Claude Brugeilles en a fait un « graphisme » », une nuit au moulin de Jézeau, que j’habitais alors, près d’un torrent et de sa roue à aubes.

Claude Brugeilles
Moulin de Jézeau
une nuit du printemps
1975
in ITINÉRAIRES
Jean Jacques Dorio
(PJ Oswald)

POST 07/05/2020





IL EST INTERDIT D’INTERDIRE





Fougère de mai Fou j’erre

Dans les signes d’une nuit

Toujours amoureuse du Grand Mai





La marquise de la Révolution

N’est toujours pas sortie

A las cinco de la tarde

Elle a négligé l’invitation

De l’architecte du cimetière marin

« La Honte est un grand sujet »

signé P.V.





Pavés Pas vrai ?

Pour la première fois de leur histoire

Les plages sont interdites

À nos pas à nos pieds

Alexandrins ou décasyllabiques

Sous peine de pévés





Idem pour les bois et les prés

Où il est interdit de promener

Dans la verte campagne

où je suis né





Mais tout n’est pas perdu

Dit en off Godard

le plus zinzin des Suisses prochinois

qui ne croit pas au Corona





Il y a toujours moyen

D’inventer une autre police

Que la covid 19





Une police collective

D’individus errants

Libérés du Cogito

Et toujours en mouvement





Il y a des poètes partout

Dans les fougères et les vignes

Des marges et des clandestins

Clandestino clandestino

7 mai 2020
9h35
prémices des grappes de raisin
et vue sur le rosier
et l’olivier
ceux qui « s’abandonnent saisis à l’essence de toutes choses »
Aimé Césaire