PASSONS AUX CHOSES SÉRIEUSES





Passons aux choses sérieuses

Quelques vers passe-partout

Battant des nuits la semelle

L’or du temps sans repentirs





Passons aux choses poèmes

Tant que marche la cervelle

Loin des hommes prédateurs

Qui déchirent et broient la vie





« Je » est universel

« Moi » moi le corbeau noir

Des peurs des guerres et des haines





Passons aux choses légères

Barques Voiles au soleil

De l’enfance au naufrage

La vie musique et poésie





Et par ici la sortie !

*

F.P en long en large et de travers

 Ne jamais essayer d’arranger les choses.

  Les choses et les poèmes sont inconciliables.

                                              F.P.





À vingt ans beaucoup de Ô ! ( à l’ancienne)

passaient encor sous ses ponts

Mais déjà un glossaire y serrait son Littré

une promenade iconoclaste

dans la serre des mots





Après la mort du père la promesse du fils

d’un même arbre contre le tronc

« Le parti pris des choses »

pouvait se décliner :





le rideau le réseau de la pluie

gouttes d’un grain de blé

d’un pois presque d’une bille 





  le cageot entre la cage et le cachot

 mais dont il convenait de s’évader

 si l’on voulait vraiment célébrer

 l’utilité de cette caissette

tel un  proème qui ne sert qu’une fois





l’huître opiniâtre blanchâtre

petite forme engloutie avec son firmament





le papillon erratique allumette

et tout le bataclan :

une ménagerie d’objets successifs

dont le maître fit bon ménage

remuant en tous sens

leur substance leurs aspects

se gardant bien de manifester

un quelconque ronron poétique :

         son horreur !

!

   Cependant il faut lire jusqu’au bout

   et quand c’est longuement

   le poisson plat soudain baigne dans un soleil

  se levant sur la littérature





 On croît rêver !

Mais non c’est bien Horus

ce faucon ailé qui traverse la page

 en changeant le sexe solaire

 pour la plus grande joie

  de l’Eros bien encré du scripteur





   Apaisé vers la fin « Francis Ponge »

– puisqu’il faut l’appeler par son nom –

  se laisse enfin aller et feint de rendre ses armes

  pour gésir dans un pré

 interminablement





Il range alors ses caractères

dans ce bas-de-casse

– Ô traces humaines à bout de bras !

           Ô sons originaux! –

avec pour ultimes témoins

      le Fenouil et la Prêle : ses initiales !





      Croissant avec l’ardeur d’un clavecin de Bach

                 Quoi qu’il en soit !

                         *

suite épistolaire : 

« une lettre qui n’en est pas une dans une prose qui n’est pas sans aspérités,

puisque toute pleine des choses, engrossée par elles, mais remplie de saveur. »

André Bellatorre

AVENTURES DE NUIT / AMNÉSIE

JJ DORIO pour Sketchbookproject
textes et tableautins : JE PEINS LE PASSAGE

"Je ne peins pas l'être. Je peins le passage : 
non un passage d'âge en autre...
mais de jour en jour,
de minute en minute.
Il faut accommoder mon histoire
à l'heure".

Michel de Montaigne

petit air provençal de 10 heures du soir

LE SENTIMENT DES CHOSES

LE SENTIMENT DES CHOSES





Le sentiment des choses :





 le ciel bleu uniformément, une heure avant le coucher du soleil,

après une journée de petites pluies et de percées de soleil en alternance,





ce texte, en cours,  écrit depuis un hamac,

soutenu par un abricotier en train de donner ses fruits de saison

et un amandier,





ce texte écrit à la main sur les deux pages d’un livre dont le passage lu

fait un sort à la notion « d’artiste »,

notion que l’auteur*, comme enragé, pare des « habits d’un mort »

-c’est la « chute ».





Un mort qui, on s’en doute, a perdu pour toujours,

le sentiment des choses.





poscript :

cadeau des dieux, ce texte bouclé, un avion majestueux, passe lentement sur le jardin,

à basse altitude, alors que commence le crépuscule…

il va rejoindre la base voisine d’Istres.





*Christian Doumet (ARTISTE)

Dictionnaire des mots en trop

2017

illustration du texte ci-dessus

LES CHOSES LES PLUS SIMPLES

Les choses les plus simples
L'ouverture des volets
Un bruit de voitures sur la voie rapide
Un goéland mélancolique
Les fleurs venues sur l'abricotier
Le jour neuf qui s'annonce
Les trous dans la mémoire
De mon identité
écrit tel quel
et déposé
ce trois mars
deux mille vingt
pour les lecteurs enfants
et pour les égarés