ALORS ÇA MARCHE LA POÉSIE ?

Telle une île

Ce texte

écrit au ghetto

de la Cité du Livre

en sortant

des méandres

de la nuit





Entouré de silence

Paradoxal

Imaginant les retouches

De ses deux ou trois lecteurs

Qui l’annotent

Dans leur tête





Telle une île

Mise en page

Par ses acteurs

Passant

Le pont des soupirs

Les yeux bandés

Tant leur mémoire est vive

Des odeurs et des sons

Des matières peintes

Ou jetées à la fresque





Et telle la bouche d’ombre

Balbutiant

Sous l’œil des Barbares

– Alors, ça marche la poésie ?


	

L’ADIEU À LA BOUCHE D’OMBRE





Avec des mots qui crient

J’en ai fait des poésies

Ou j’ai cru en faire





C’étaient mes temps premiers

De mes rages An Rage





Un forgeron ivre

Avec trop de fers au feu





Nul regret cependant

« Non rien de rien »

Comme dit la chanson





Mais l’adieu à la bouche d’ombre

l’éclat et l’autre élan en ce chemin qui n’en finit pas
les jours échappent et aussi bien se reprennent
et aussi bien l'An Rage

CÉLÉBRER AUJOURD’HUI LA BEAUTÉ DU MONDE





CÉLÉBRER AUJOURD’HUI LA BEAUTÉ DU MONDE : on croit rêver.

Rêver, imaginer, s’émouvoir de tant d’obstination

pour ne pas rompre le lien avec Nature et la poésie qui la célèbre

avec les mots et merveilles des faiseurs de vers.





Faiseur paraît un peu falsificateur.

Mais non pourtant, le mot porte l’étymologie du poète fabricateur : el hacedor,

que Borges mit en honneur et en doute :





« J’ai commis cette écriture à un homme quelconque ;

elle ne sera jamais ce que je veux dire,

elle ne laissera pas d’en être le reflet. »





Beauté ? Vibrante et percée de souffrances de « notre humaine condition » :

« Le linceul d’un pleur où s’ouvre une rose » Joë Bousquet





La prose certaines fois y accède.

Jusque dans le nom de plume inventé :

Yourcenar anagramme de Crayencour (son père),

qui aimait la belle lettre Y : « un arbre aux bras ouverts ».





Ou cette écrivaine majeure qui choisit le plus simple des prénoms, Colette.

« J’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix ».





Mais la poésie, en une métaphore commune et unique, dit mieux :





Écrire écoute le soir

les ondes vibratoires

de l’espace voyageur

sur les cordes secrètes

Le couchant brûle encore

son chant d’adieu

Un trait noir lézarde

l’éclair de beauté





Jacqueline Saint-Jean (Sauver l’hiver)

Encres Vives 2020


	

L’OCTOSYLLABE ÇA REPOSE





L’octosyllabe ça repose

-ici j’ai marqué une pause-

S’arrêter avant de lancer

la machine d’un fier poème

C’est humain mais c’est pas malin





Bon maintenant j’y suis je pense

Je passe sur le pont de Cé

-où c’est Cé ? c’est où vous voudrez-

Un livre ancien dans ma besace

Vie ordinaire de Perros

En vers de huit pieds s’il vous plaît





L’octosyllabe ça repose

Mais faut pas trop lui demander

Ainsi j’ai souvent remarqué

-pensée plus ou moins tourmentée-

Que poésies qui vont le monde

S’égarent souvent dans sa prose

Combien de femmes dans une rose

Et combien d’hommes dans un homme ?*





*Georges Perros Une vie d’homme

POÉSIE DES MARGES

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accumuler des citations
chômage des abeilles

ABEILLE

le lecteur doit comme l’abeille composer le miel de ses lectures

Dans les fleurs, on se contente d’en regarder la couleur et d’en respirer l’odeur ; mais les abeilles en expriment un suc dont elles composent leur miel. C’est ainsi que ceux qui, dans leurs lectures, ne se proposent pas (uniquement) l’agrément et le plaisir, en tirent des maximes utiles qu’ils déposent dans leur esprit. Et, afin de suivre la comparaison des abeilles, nous devons imiter en tout leur exemple.

après vous sans se faire remarquer cotte et cocottes
après vous
sans se faire remarquer
cottes et cocottes