Cinq heures. Un lit solitaire Non glacé. Tout se tairait Sans le bruit des acouphènes. L’air est blanc comme les murs. À mes côtés se réveille Le grand Sphinx du deuil profond, Démesuré, qui m’affecte. Personne d’autre que moi N’est en mesure de dire Cet élan mystérieux En manque du mot absent Qui tombe en vers réguliers Sur l’énigme du Néant. Lecteurs, essuyez vos yeux.
Author Archives: Jean Jacques Dorio
SPINO ET LE PASSAGE D’UN GOÉLAND (reprise du poème 6)
Si l’Esprit veut pouvoir comprendre, nulle partie du Corps ne doit souffrir de malnutrition, ni non plus de suralimentation.
Bernard Pautrat (Ethica sexualis Spinoza et l’amour)
Si l’on ne sait quoi faire
Autant lire et relire Spino(za)
(Annoté ici par son traducteur
entre Corps et Esprit)
Autant faire le compte de nos désirs immodérés
de gloriole (ambitio)
de mangeaille (luxuria)
de bouteille (ebrietas)
et d’argent (avaritia)
Avec en sus le mystère de la libido
que notre professeur traduit « lubricité »
À cet instant curieusement un « gabian » au vol lourd
passe devant sa fenêtre ouverte sur la nuit
et se met à goaler :
La vie bonne ! la vie bonne !
Oui se dit-on elle est secouée de toute part
Et telle cette poésie contrariée
Elle n’est jamais gagnée
SONNET À CONTRE-COURANT
L’eau descend des ardoises du toit Sur lesquelles parfois on écrit Un poème. L’eau sel de la vie Encre sentimentale pour te délivrer d’ego Eau des sources irrigant les plantes Qui n’en demandent ni trop ni trop peu Eau des torrents et des lettres de sable Dans un livre qui te hante Eaux de l’amont À la naissance de l’Amour et du partage Des poètes aux pieds dansant Qui font Sonnets en forme de ballade Nageant contre la marée… et toujours à contre-courant
UNE LITANIE ÉCRITE AU LIT (reprise du poème 5)
Il faut écrire pour ne pas être lu C’est le paradoxe Il faut lire Le cru et le cuit à toutes les équinoxes Il faut compter Nos pas perdus Dans nos petits châteaux de Bohème Il faut regarder la Grande Ourse en lisant ce poème Il faut écrire Comme un Prévert Qui se la coule douce Il faut lire Comme une bête Ange ou pource* Il faut poursuivre Cette litanie Adressée à un lecteur innocent Que l’on course *Rimbaud (un hapax)
SONNET DE NOS FRÊLES BRUITS
Plus que le drapeau rouge le drapeau de l’anarchie paraît être l’emblème qui conviendrait à notre espèce. Michel Leiris « Frêle bruit » (La Règle du jeu IV) Poursuivre le jeu malgré l’âge Poursuivre le je(u) Morceau après morceau Pièce après pièce En traçant ses traits noirs Comme cercles protecteurs Comme l’enveloppe des nuits Où l’on glisse une à une Ses lettres de noblesse Comme la langue que l’on tire au néant Comme la bouche d’ombre d’où sortent nos frêles bruits Comme le noir matriciel des cavernes & leurs animaux dansant sous la torche du feu sacré Comme ses pattes de mouche à la surface des cartes blanches jaunes ou bleues Comme les chiffres rouges inscrits sur l’écran des heures et des minutes Comme la colère tranquille de nos ricochets