CE CORONA QUI N’EN FINIT PAS





Depuis quatre jours je ne peux plus lire,
je ne peux plus lire sans ressentir 
une couronne à la tête.
Henri Michaux
Face à ce qui se dérobe




L’Italie est en quarantaine

C’est l’corona qui n’en finit pas

Plus de pape à la fenêtre

Plus d’hosties pour les mammas

L’Italie est en quarantaine





En France les gardiens de musée

Ont mis un masque à la Joconde

Plus de bisous ni de baisemains

Le funeste virus met à mal

Les Gaulois et les Cartésiens





Il faudrait faire le tour du monde

Suivre l’ombre envahissante de la maladie
Puis revenir en Chine

Où naquit l’épidémie





Mais tous ces maux verbaux

M’enrhument

Et je laisse au docte Salomon

La suite


	

JE VOIS DES MOTS

Je vois des mots

La nuit sans plume

et sans papier

Puis je les perds

C’est la loi quand on dort





Je vois des morts

leur corps sans lèvres

et sans aurores

J’entends leurs voix

C’est la loi quand on rêve





Je vois des fleurs

Des roses et des immortelles

Belles très belles

Mon cœur soupire

Ce ne sont que fleurs de rhétorique









figure de sable
Fos sur Mer
11/03/2020


SYMPHONIES INACHEVÉES





Symphonies inachevées

Traces spirituelles





Je lis je veille

Je mets le feu

Aux milliers de poèmes

Qui me tombent sous les yeux





C’est vous l’aurez compris

Prétexte à métaphore

Et même un peu plus

Si j’en crois la pratique

Des indiens d’Amérique

Que je vis mélanger

Les cendres de leur mort

Avec du miel de couleur noire





Un rituel pour dire adieu

à leurs mémoires

(Personne n’est obligé de me croire)





Symphonies spirituelles

Traces inachevées





La nuit fait feu

Sur mon langage

Le chaman agite

Son hochet

PSYCHANAZOUILLIS





Jamais je n’eus l’envie

de me coucher sur un divan

pour raconter ma vie





C’était pourtant plutôt mode

« à mon époque »

comme l’on dit





Se coucher zyeux au plafond

avec un type derrière soi

qui ne dit mot

mais qui consent

à prendre un gros billet

après la séanc’ ?

Non merci





Moi raconter ma vie

c’était rien de pesant

                                                                 mais j’aimais dialoguer

et j’aimais mes parents





Et puis tout le jargon

« condensations transferts »

toutes ces associations

qu’aiment les psychanazouillis

je les réservais à mes poésies





Un demi-siècle après

qui l’eût cru ?

J’ai conservé cette manie





Je parle au papier comme au premier venu*

Et ce sont mille voix

Qui me répondent la nuit





*Michel de Montaigne

	

À LA SEPTENTAINE





À la septentaine

Comme disait l’autre

On a vu de l’eau

Passer sous les ponts





Les petits bateaux

Des camps et des sectes

Qui bouvardisaient

Et se pécuchaient





On a vu des –ismes

À n’en plus finir

Des définitions

De philosophistes





Pour clore le chapitre

Je finis parbleu

Par le fameux mot

De cinq lettres plus une









source :

« La mode étant ce qu’elle est,

arrivé à la septentaine,

on en a vu des ismes

passer sous les ponts. »

Queneau