UNE RENGAINE EN UT MINEUR

écrit tel quel




Jour après jour

S’en vont les jours

Nuit après nuit

Passent les nuits

Jour et rejour

Nuit et renuit





Faire et refaire

Deux fers au feu

Et laisser dire

Dire et redire

Passer le temps

D’un jour sur l’autre

Faire un présent

À ses copains

À ses copaines

Un mot qui fourche

Une rengaine

En ut mineur

Sur le piano

Et ses bretelles

Autour du cou

Autour des cœurs

Sur le carreau

Où l’on impro

Vise la nuit

Cette écriture

Soufflerie

Que les copistes

Du parchemin

Vont reproduire

Et transformer

En palimpseste





Nuit après nuit

À la chandelle

D’une bougie

Qui fait bouger

Nos certitudes

Sur le papier

Accordéon

Avec arrêt

Prolongé

Par Husserl

Le phénomo

Logiste





Nonobstant

Ce seul présent

Cadeau du temps

Correspondances

Plumes en l’absence

De nos épîtres

Pour clore enfin

D’un coup de langue

L’enveloppe

De nos mémoires

Et ce chapitre

PETIT POÈME DEVIENDRA GRAND





Petit poème deviendra grand

Si le lecteur lui donne vie

Si la lectrice qui le lit

À Paris ou à Montferrand

À New York à Honolulu

Répercute sa plus-value.

En le disant, en le lisant,

Un peu, beaucoup, à la folie,

En l’intégrant dans les machines-

à-rêve de Jean Tinguely.

Petit poème, ce « présent »,

Cadeau fragile d’une vie

Menacée par temps de Covid,

Par tant d’oublis des mots qui riment,

aimables, vulnérables,

Amis d’un monde générant,

à petits traits d’encre et de plumes,

l’amour, qui après la souffrance,

nous dure.





petit poème deviendra grand

PATCHWORK IN PROGRESS





Moment d’hésitation

Un poème ça ne marche pas toujours à la baguette,

et d’ailleurs,

ce n’est jamais ce que l’on croit

un poème.





Moment de préparation

Au risque de perdre son objet de vue

et que nos yeux sur la page blanche,

se ferment.





Moment où l’espace-temps,

soudain s’ouvre :

la petite forme a pris,

une pièce à ajouter

à son patchwork in progress.


	

DE LA POÉSIE





À un moment donné, donc, je n’ai plus pu me contenter d’écrire des poèmes ;

 il a fallu que j’essaie de comprendre ces émotions et le rapport qui les liait à la poésie.

Philippe Jaccottet

La promenade sous les arbres





Poésie, née d’émotion et de confusion, pourvu que l’on essaie de la frotter à notre langage en fusion, nous mène au sommet de l’imagination humaine.

Le mot lui-même, seuls ceux qui s’adonnent à son perpétuel mouvement le savent, est intraduisible. Mais il a un passage obligé : la poésie universelle est liée à la poésie individuelle.

Sans cette liaison amoureuse, il n’y a que l’ « apoésie », l’agitation, la crainte de l’autre en soi, l’obscurité, le chaos, la prose du monde, l’abondance des paroles prisonnières des réseaux asociaux.

Ce n’est que quand les deux poésies se réunissent qu’il y a mouvement, transport, métaphore, vision claire, bien qu’éphémère, et toujours dans l’insatisfaction de l’homme agissant et souffrant.

Les trésors  d’harmonie que les poètes dans un vers unique,  tissent à partir de leur expérience, sont à ce prix. Poésie est dispersée sur toute la planète. C’est pour ça que beaucoup de poètes locaux ne la reconnaissent pas. Il faut réunir sans cesse ses brins épars.

CHOCS VERBAUX ET DÉS PIPÉS





Tous ces mots en tension…

impossibles à traduire…

C’est la catha la catharsis

La purge des pensées mauvaises

C’est la cata la catastrophe

La tragédie de nos aïeux





Chocs verbaux et dés pipés

Añoranzas Saudades

« La nostalgie du présent »*

Dont je te fais « présent »





Tous ces mots employés à tort

et à travers

Sur la place publique

Le cirque médiatique

Les réseaux pervers de l’internet





Mais que l’on goûte, savoure, rumine,

Chez les poètes qui font sonner le sens

Sur des pages fragiles

Que personne plus ne lit





*La nostalgie du présent

JJ Dorio

Encres Vives 467°