Poèmes ce matin
Sont ces présents
Dans l’œil
Bois de pins
Palmiers
Mistral léger
Et ce ciel bleu
Qui tant exaspère
Les poètes nuageux
LA NOSTALGIE DU PRÉSENT
Jean Jacques Dorio un recueil de poèmes
à lire et à relire à
Encres Vives 467°
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
Poèmes ce matin
Sont ces présents
Dans l’œil
Bois de pins
Palmiers
Mistral léger
Et ce ciel bleu
Qui tant exaspère
Les poètes nuageux
LA NOSTALGIE DU PRÉSENT
Jean Jacques Dorio un recueil de poèmes
à lire et à relire à
Encres Vives 467°
Le roi Raymond Queneau écrivit dix sonnets
Dont chaque alexandrin fut par lui séparé
Sur quatorze languettes de papier découpé
10 puissance 14 vous zavez ka compter*
Moi je les ai classés dans ma verte chemise
Je les apprends par cœur chantant leur Oulipo
Poètes en ce moment pataugent dans la crise
Ils grelottent les pauvres sans les os ni la peau
C’est ainsi tu le sais que le temps des cerises
En semaine sanglante termina au tombeau
L’Histoire et sa grande H à tous nous traumatise
Mais je persiste et signe cherchant les chocs verbaux
Sur le papier mes vers font une belle trotte
Me donne mon cheval les gambades et la crotte
La poésie quand même c’est fait pour les lutins
Leurs baraques à tous vents leurs coquilles baroques
Frères humains et sœurs il faut bien qu’on débloque
Tout poème fini est une vis sans fin
*Cent mille milliards de poèmes
Raymond Queneau
Tu as pris des trains d’exception
celui de Cuzco destination Macchu Picchu
le train des indiens et des hippies
l’été 1970
Tu te souviens dans le compartiment
qu’au cours des discussions sans fin
une fille parlant de son compagnon
te dit :
si le das pelota
si tu le relances
vous allez y passer la nuit
À l’époque toi aussi tu attirais l’œil
poncho barbe et cheveux longs
et béret noir
comme celui du père Dorio
Tu pourrais aussi bien tout inventer
et même t’inventer un nom
pour un roman
que tu n’as jamais été capable
d’écrire
Et maintenant qu’est-ce qui va se passer
demande le narrateur au lecteur
inversant le jeu de rôles
Et dis-moi au fait
tu pourrais y mettre
un peu de toi
Imaginer une suite
qui prend au mot et à revers
cette boutade d’un penseur
qui n’aimait pas
l’innocence la verdeur
la fantaisie romanesques
Lors la marquise du Flore descendrait
du train de Macchu Picchu
à cinq heures du soir
Elle aurait troqué le mal des hautes montagnes
contre une malle de colifichets
et de falbalas
portée à dos d’homme
par son factotum
son fidèle Zénon d’Élée
m’as-tu-percé-de-cette flèche-ailée
qui-vibre-vole-et qui ne vole pas
Suite au prochain numéro
pourrait-on lire sur le journal du soir
après la double page
consacrée au feuilleton
citation Le cimetière marin
Paul Valéry

il y a hasard et hasard
et je n’écris pas ça
par hasard
ni par nécessité d’ailleurs
quoique
je jette les dés
je sors les mots
de mon chapeau
j’oublie ce que je vais dire
je frotte mon stylo feutre
sur les grains de folie
de mon papier
d’artiste
il y a hasard et hasard
et j’écris ça
par hasard
j’en fais don aux enfants
joyeux joueurs
et sans arrière-pensée
le pas ouvert
vers ceux et celles
qui donnent à voir
entendre et lire
la sensation
de participer
à la liberté incertaine
mais exaltante
de notre esprit*
Après que le pas a été ouvert à l’esprit,
j’ai trouvé comme il advient ordinairement
que nous avions pris pour un exercice malaisé
et d’un rare sujet
ce qui ne l’est aucunement.
Michel de Montaigne
Des vaines subtilités
le front bleui
près de la lampe
je reprends tout
à zéro
sur mon bréviaire
Petit Robert
je fais défiler les mots
entre calandre l’alouette
et calebasse où je buvais
le café avec les indiens
Goajiro
je vérifie aussi l’article
calebombe ou calbombe
qu’affectionnait Queneau
aucun bruit
si ce n’est celui – paisible –
de ce feutre
accroché à mes doigts
c’était il y a longtemps
se diront bien un jour
les enfants qui envoient
leurs messages
à toute vitesse
avec leurs pouces
Pouce !
fin de trêve
et de rêve
d’un poème
qu’aucun écolier
hélas !
ne lira