JE MEURS DE SOIF AUPRÈS DE LA FONTAINE





Je meurs de soif auprès de la fontaine

Je meurs d’une rime mal placée

Je meurs d’un trip de blanche neige

Je meurs de tes mains sur mes hanches

Je meurs avec mes trépassée.e.s





Je meurs de soif auprès de La Fontaine

Je meurs de l’Âne portant des reliques

Je meurs du chien à qui on a coupé les oreilles

Je meurs de Daphnis et d’Alcimadure

Je meurs des filles de Nimée





Je meurs de peur hanté par Croquemitaine

Je meurs de parenthèses remplaçant les crochets

Je meurs d’un vieux fondu enchaîné

Je meurs d’une trop longue quarantaine

Je meurs des restes de ma littérature









Je meurs de faim d’hyperphagie nocturne

Je meurs d’hypermnésie et d’hyperonymes

Je meurs de ce diable de Saturne

Je meurs d’un contretemps fâcheux

Je meurs de Chronos et du Covid19





Je meurs de spleen auprès de Baudelaire

Je meurs de te haïr autant que je t’aime

Je meurs des grands yeux noirs de ma Malabaraise

Je meurs de l’Albatros maladroit et honteux

Je meurs des funèbres appas que Camarde a cachés





Je meurs de soif auprès de la fontaine

Rien ne m’est sûr que la chose incertaine

Le jeu de Blois m’a dicté son ardeur

La soif inextinguible d’un poète frondeur

Il est temps de boucler ce poème sans fin





Le vers initial a été proposé par Charles d’Orléans

à divers poètes réunis à Blois en 1458

dont François Villon


	

DÉFENSE À DIEU D’ENTRER





SURTOUT N’EN PARLONS PAS





Surtout n’en parlons pas

Mais de qui mais de quoi ?

Devinez écrivez

Faites appel à votre ange

On dit qu’il en a un





Relisez le sonnet

En X de Mallarmé

Avec ce seul objet

D’identité sonore

Pour mieux vous égarer





Ou plus trivialement

Enfourchez le solex

D’Alceste ou d’Alex

Pour aller au grand Rex

Voir un film rince l’œil





Défense à Dieu d’entrer

Seul Hugo put écrire en vain

Cet interdit divin

Dieu était dans la tombe

Et regardait Caïn





Défense d’en parler

Mais on peut à Orsay

Contempler ce Courbet

Acheté par Lacan

Au turco-égyptien

Appelé Khalil-Bey





Voie lactée ô sœur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Chanson du Mal-Aimé

Guillaume Apollinaire

Nous fait voir les rondeurs

De dame damascène





Décidément nous digressons

Changeant de rythme et de rimes

Kss kss dit Flaubert à Emma

Couchée sur ses carnets intimes

Ainsi finit notre chanson


	

J’ÉCRIS DE GAUCHE À DROITE





J’écris de gauche à droite

Je cherche à droite à gauche

La pierre qui roule

La mousse du temps





J’écris sur du papier

Parfois jaune souvent blanc

Je cherche et je me foule

Je bricole et j’enroule

Le mélange des sons

Qui font sens

Ou déraillent sévère





J’écris de haut en bas

J’enlyre quelques vers

Sens dessus dessous

Dans le secret des marges





Je persévère





Secret des Marges

JJ Dorio

Editions Rafael de Surtis

2011





Je suis et ne suis pas

Ces signes sur la page

L’instant ouvert au monde

Le murmure des mots

Tous proches du silence

Dans le secret des marges


	

DIRE DE LA POÉSIE

dire de la poésie
écrit tel quel 21/04/2021








SANS TITRE





Dire de la poésie…un petit feu pour maintenir

son souffle…c’est un sonnet dit

en pleine nature…au-dessus d’un lac

des Pyrénées ou des Andes…

c’est autour de minuit





Dire de la poésie…son corps immense…

faisant bouger ce qui a déjà été écrit…

hier…il y a cent ans…ou mille





Dire ce qui n’a jamais été dit…même

par celui ou celle qui…chemin faisant…

ont écrit ce sonnet raccourci…

qui saute la dernière ligne…

sans personne pour l’écouter…

sans titre





(une repasse sur le clavier avec quelques retouches)

S’il est impossible de voir « un kangourou tourner un moulin à café », il est encore possible de lire « la chanson du jardinier fou »









S’il est impossible de voir un kangourou tourner un moulin à café, il est encore possible de lire la chanson du jardinier fou, imaginée par Lewis Carroll et traduite de l’angliche.

S’il est impossibled’entendre la voix de Montaigne enregistrée sur bande magnétique, il est encore possible de le lire comme s’il parlait au papier.

S’il est impossible de sauver la planète bleue, il est encore possible de la peindre en vert.

S’il est impossible d’assister à son enterrement, il est encore possible d’en faire une répétition en invitant la fanfare des Quatr’z’arts.

S’il est impossible d’ouvrir la lame du couteau auquel il manque le manche, il est encore possible chaque dimanche d’offrir des roses blanches à sa jolie maman.

S’il est impossible que mes morts hâblent, il est encore possible, en utilisant une rime équivoquée,  d’écrire cet aphorisme mémorable.

S’il est impossible de coucher son malheur sur un cahier d’écolier, il est encore possible de se coucher bonne heure à la Recherche du temps perdu.