LA PORTE DE MA MAISON D’ENFANCE

hypnographies dorio 03/08/2016




Cette rue qui longeait la rivière

Je ne l’emprunterai plus

Et la porte de ma maison d’enfance

Que nécessité me força à mettre en vente

N’est plus qu’un panneau de bois dur

Fermé pour moi à jamais





Mais je laisse là les souvenirs sans suite

J’ouvre la fenêtre

et laisse entrer quelques instants

la fraîcheur sur la passe maritime

d’une première nuit de septembre





Un poème nouveau m’attend

dans sa discontinuité essentielle

et son essai de recomposition





L’éclair d’un geste

Qui ouvre sans le vouloir

La porte de ce poème

Comme un éventail





LETTRE EN FORME TRISYLLABAIRE

original

Lettre en forme

trisyllabaire





C’est la fin

du mois d’août

pas de doute

On m’écrit :

Cher ami

que deviens-

tu tu tu ?

Écris-tu

en vers doux

ta marotte ?

De bon cœur

tes « épîtres

en absence »

du visage

de l’aimée ?

On m’écrit

Je réponds

Sur le pas

d’un silence

libérant

les bons flux :

J’avais peine

J’ai soulas

Ouverture

familière

de liesse

soudaine

-éphémère

mais certaine-

Dernier dé

Que je lance

Pour jourd’hui

Temps passé

Sur papier

Nous éclaire

Et nous lie

J.J.D.

« La plume en l’absence » Pauline Dorio
Le plus grand bien qu'ayant amis présents,
c'est s'entrevoir : puis quand ils sont exempts...
C'est la plume en l'absence

Charles Fontaine (1555)

LA NUIT DE TOUTES LES COULEURS





C’est la nuit de toutes les couleurs

la nuit de kaki et de noisettes

la nuit de fumée et de noix de galle





C’est la nuit de charbon et de pintes

la nuit du maréchal ferrant les éperons de Don Quichotte

la nuit des peintures corporelles qui donnent l’énergie cosmique





C’est la nuit des chants colorés et des têtes ornées d’autruche

la nuit plus noire qu’un chiffonnier

la nuit pourpre que l’on tord pour apaiser les anciens dieux





C’est la nuit de tous ces peuples qui ont disparu

sur les rives d’un chenal de maisons sur pilotis

la nuit du brésil et des cochenilles

la nuit des fards et des simulacres





C’est la nuit qui perd ses couleurs

la nuit du chasseur d’hommes

la nuit du banquier anarchiste

la nuit des initiations qui coupe les cheveux en quatre

la nuit de toutes les incertitudes funéraires





C’est la nuit qui reprend les mythes fondateurs

et les cloue aux poteaux bariolés du bateau ivre





C’est la nuit de la vie de château et de lune d’écailles

la nuit japonaise des six blancheurs

et du soleil sur la palette de Vincent

la nuit que l’on teint en rouge pour mieux l’enterrer

au petit matin

où l’on ira avec Nerval ignorant son point noir

hisser encore une fois son luth constellé

à la vieille lanterne





des nuits de toutes les couleurs

fin du cycle couleur des nuits
une nuit de toutes les couleurs
jjd 31/08/2020

diction avec impro au piano
jjdorio 31/08/2020

T’IMAGINES C’EST PAS RIEN C’EST QUOI ALORS?

une fantaisie du soir




T’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ? c’est trop long à t’expliquer

T’imagines c’est de l’occitan al lum rossèl d’una candèla censada eccartar la tronanda*

*à la lumière rousse d’une chandelle censée éloignée la foudre

T’imagines c’est chacun de tes doigts sauf l’index mis en quarantaine dans les caves du Vatican

T’imagines c’est un poème qui a fait une dépression nerveuse* il n’y a qu’un pessoïen pour trouver ça

*o meu poema teve un esgotamento nervoso

T’imagines sur une malle du grenier un chat-huant fumant la pipe de Magritte

T’imagines c’est l’horloge qui tourne dans la tête tranchée par la grande aiguille

T’imagines une voix d’outre-tombe qui déchire le papier

T’imagines tantôt la vie tantôt la mort et au milieu coule un fleuve noir

T’imagines des lettres minuscules qui magnétisent ton bas de casse

T’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ?

T’as plus qu’à tout relire !

LA NUIT BLANCHE





La Nuit blanche c’est comme une poussière qui achève bien les stylos

La Nuit blanche c’est comme un visage en deuil de noir et de blanc

La Nuit blanche c’est le petit veau étoilé qui perce la poche sanglante de sa mère

La Nuit blanche c’est l’énergie qui oscille entre brillance et matité

La Nuit blanche c’est le révolver d’acacia

La Nuit blanche c’est le bonheur du silence tiré à quatre épingles

La Nuit blanche c’est l’œuf cosmique qui sort de la lagune de Tenochtitlán

La Nuit blanche c’est le lin et le lien de tous les travailleurs de la vingt-cinquième heure

La Nuit blanche se promène sur le dos des yacks noirs

La Nuit blanche jette son voile et ses graviers volcaniques

La Nuit blanche c’est le sel et le lait et l’hésitation du stylo sur la page de craie et de cendres

une minute d’un dessin de nuit blanche « affranchi de l’ordre du temps »
dorio 30/08/2020

écouter la nuit blanche