LE TEMPS QUI COURT

écrit tel quel
à la course
ce 24 mai
à 1h30
demain je l’écrirai sur le clavier
et puis je le dirai
enregistré


LE TEMPS QUI COURT





Le temps qui court est arrêté

Dans le jardin des grands récits

Le mien est si petit





Il n’y aura bientôt plus personne

dans la course à l’abîme

du Dante ou de Shakespeare





Le mien est si petit

qu’il tombe dans l’oubli

au fur et à mesure

que je le décline

sur ma page de nuit

blanche





La course infinie

des grands poètes et prosateurs

m’a toujours fait peur





La mienne ressemble

au petit trafic des fourmis

que quelques spectateurs abrutis

couvrent de poudre grise





L’Enfer gémit la Tempête hurle

Les morts hantent la scène

De fosses peu communes





Dans mon petit jardin

à l’écart des grands récits

J’enterre mes fourmis

le grain à grain du texte
dit par la voix
de celui qui l’écrivit

METTONS QUE JE N’AI RIEN DIT

hypnographies
Dorio
23/05/2020

je parle au papier
avec ma voix
23/05/2020
11h30




Mettons que je n’ai rien dit.

Mettons que je m’appelle Ishmaël

et que pour chasser le cafard

l’envie me prend de naviguer.

Mettons que cette écriture,  

se fait en mode survie.

Mettons qu’elle se perd

dans Méandre fils d’Océan

et de Thétis.

Mettons qu’elle se relance

par ricochets et palets

d’une marelle étourdissante.

Mettons que cet exercice

de chevet  anaphorisant

m’évite la prise d’anxiolytiques.

Mettons que je traverse ainsi

mes intimes altérités

croisant  personnes et personnages,

lieux, paysages, époques, pensées

perdues et retrouvées,

scènes autres et nourrissant

mes feuilles d’ombre.

Mettons qu’à la différence

de l’écriture d’une poésie

qui requiert un temps infini

de retouches et variations,

ce dictionnaire s’écrit

d’une traite et joyeusement

à part moi.

Mettons, en effet,

que je n’ai rien dit.





UN DICTIONNAIRE À PART MOI

« Patchwork in progress)

NOUS N’IRONS PAS AU PARADIS !

un dessin d’enfant
qui ne veut pas aller
au paradis
21/05/2020
jour de l’Ascension
pour rire

Ici on ne demande pas qui rabiboche les âmes
et pourquoi pleuraient-elles de concert
devant la stèle du roi aux oreilles d'âne
mort de faim parce que tout ce qu'il touchait
se transformait en or Ah! Ah! On vous en raconte
des belles et des pas mûres peignées par ce vieux
docteur de Vienne qui barbouilla les figures
de ses patient.e.s de rêves incestueux

Du divin au divan très peu pour moi
dit l'étrange âne de Paroles
Et pi au bout du conte
Il colle de fines ailes aux enfants du Paradis
Retour sur Terre garanti !

 
« un ptit coin d’paradis« 
voix paroles et musique
accompagnement piano
JJ Dorio

FIGURES ET ARCANES RETOURNÉES EN ENFANCE

tel quel
un premier jet
modifié sur le clavier
21 mai 2020
01.53
Je prélève une carte du château
de paroles et de sons
faisant jouer Hasard
que je charge de sens

C'est un don innocent
à l'écart de la petite troupe
des poètes en place
qui exhibent leurs fétiches
dans le décor funèbre
d'une anthologie fin de siècle

Ma carte de symboles et d'affects
apparaît pour les yeux parfumés
de ma belle disparue
à la fin d'un banquet
où chaque instant
 comme si c'était le dernier
fleurissait

Depuis qu'elle est partie
le jeu s'est inversé
mes figures et arcanes
retournent en enfance
imaginant des vers 
qui viennent se lover
sur son corps en absence









SOIGNER LES BÊTES ET LES TEXTES

écrit tel quel
20/05/2020
02.25
Les bêtes, c'est ainsi que mon père désignait ses vaches et ses bœufs.
Fallait les soigner.
Elles habitaient à côté de notre cuisine, un simple corridor nous séparait.
J'y jouais. Avec une balle et un palet.
Et je les entendais le soir ruminer. 
"Roumia", c'est le mot occitan qui désigne à peu de chose près,
 les pèlerins qui passent ruminant leurs prières. 
Leur cierge a fondu depuis belle lurette.
Mais pas le cri du père, qui de temps en temps se fâchait.
Les bêtes ne voulaient pas se laisser soigner.
Quand je pense à mes textes, comme celui-ci qui s'écrit, 
c'est aussi un peu ainsi.
Je fais au mieux, les ruminant, mâchant leurs mots liés aux choses.
J'essaie de les rendre propres entouré par la puanteur du monde.
Sur mon établi, mon étable.
Avant, je criais parfois, souvent. 
On m'a même publié un livret à la couverture caca d'oie.

écrit du 1° au 14 mai
1980
Mais, ce recueil feuille morte, n'est plus qu'une vue de l'esprit.
Maintenant, si ma page de nuit, reste blanche, je ne crie plus.
Il m'arrive de la contempler longuement, sans écrire, 
laissant mes idées gambader, avec les pièces d'un puzzle dissociées.
Les bêtes, les soins, les ami.e.s sûr.e.s et les faux frères.

Les jours les nuits ornés d'inachevés
Et aussi bien plus que jamais l'an rage.