LA CHANSON D’UN DIMANCHE SANS GUINGUETTES SANS PAVÉS SANS BISTROTS

Voix paroles et musique
JJ Dorio
accompagnement Philippe Bruguière
enregistrement studio du Petit Mas Martigues
juillet 2019

La chanson des guinguettes du pavé des bistrots

Les goualantes le guinche le dimanch’ des prolos

Un brin de nostalgie des rengain’s oubliées

36 et 68 La plage sous les pavés





La chanson des cités le rap laisse bêton

I am l’encre et le sang la misère la baston

Une dos’ d’Utopie dans ton cocktail maison

Petit frère faut changer la haine en illusion





La chanson éternelle sur les lèvres des vivants

La douceur des voyelles la douleur des mourants

La chanson des guinguettes du pavé des bistrots

36 et 68 Música maestro





20 chansons nouvelles
pour obtenir le cd :
doriojeanjacques@gmail.com

POÈMES DE COVID EN RÉA POÉTIQUE





SILLONS TRISYLLABIQUES

année 2020

dite des devins

indication :

lire des yeux puis de la voix

ces textes écrits en trisyllabes

le lecteur idéal laisse le texte capter

tout son présent     

n’oubliez pas les diérèses.





Janvier

PAROLES SANS ROMANCES TRACÉES À LA POINTE FINE

il ne sert  à rien  d’expliquer  Dorio  dans le texte  Dorio  a’xist’pas  mais il trace  des sillons  en passant une araire  pointe fine  va et vient  de paroles  sans romances  il ne sert  à rien  sur la page  des fragments qui se perdent  roue errante  d’une main  du tressage  sans dressage la sibylle  peut bien rire les idylles  et rondeaux  s’en aller  je persiste  et je signe





Février

SOLITAIRES SOLIDAIRES DES RAISONS ET DES RIMES

février  découpé  en vingt neuf  vers sans rimes  à jets d’encre  sur la page  puis clavier  pour l’écran février  cette année  apporta corona  un virus  une grippe  pas d’Espagne  mais de Chine  tchin tchin tchin qu’opposer  à la mort  si ce n’est  la richesse  d’exister  avec et pour  nos semblables  solitaires  solidaires des raisons  et des rimes chuchotées





Mars

POÈMES DE COVID EN RÉA POÉTIQUE

tout oublier phrases cul par-dessus gentillesse tout ouvrir à ton bic laissé seul sur la page mon hôtesse tout futur enjambant passerelle au-dessus de l’abîme tout connaître du regard des mourant.e.s à la douane du grand soir tout écrire en réa poétique des poèmes de covid des patient.e.s aimables qui sourient avant de trépasser tout ainsi qui passa

AVANT LE DÉLUGE

 

Je tourne les pages d’avant le déluge.

Coup de dés, féeries, giboulées et cascades de phrases embarquées sur le bac traversant le Grand Rhône.

Nous nous aimions sur le pont et les tables de longévité, sur les scènes de Billie Holiday où les morts à la fin se relèvent.

Je tourne les pages des longues patiences, sur la mer des Martigues où de Staël pose ses petites barques pareilles à des cercueils.

Avant le déluge, l’arche de l’enfance de l’Art brûlant à petit feu, nos pâquerettes ornant toute l’année la pelouse des falaises de La Couronne aux Tamaris.

Et le cri des corbeaux en berne  sur la mer jaune des blés :

« Et savez-vous au juste ce qu’est la cruauté ? »*

* Antonin Artaud

LETTRE UN PEU LESTE PRISE AU COLLET





Réponse de Louise à la lettre de Gustave

du 24 janvier 1854

Aux Martigues

04/04/2020

nuit de samedi 4h





Mon cher Gus

Tes phrases me grisent

Elles illustrent à merveille

Ton psychologico

Caca nerveux





Et ton pucelage

Qui dis-tu

Ouvre à tout vent

La reproduction

De ta future œuvre

M’a faite trépignée

De rage endiablée





Du coup je suis allée

Tout de go

Au zoo

Du jardin d’acclimatation

Donner quelques feuilles

De Bovary

Aux grands singes

Et aux ouistitis





Au retour sur ma table

J’ai pris mon stylo bic

Et composé une chanson

Avec les meilleures

De tes rogations





La fille du Bédouin

Le citoyen Machin

Et la Louise collée

Au faux blair

De Flaubert





C’est le refrain

Que nous chanterons

Sans freins

Rue de Sèvres

Quand sorti de ta mouise

Tu pourras de vive voix

La voile enflée

Achever ta besogne





Ta Louise





COMPLÉMENTS

Extraits de la lettre de Gustave Flaubert à Louise Collet

Croisset 23 janvier 1854 Nuit de lundi 1h

J’ai passé deux exécrables journées, samedi et hier. il m’a été impossible d’écrire une ligne. Ce que j’ai juré, et gâché de papier et trépigné de rage, est impossible à savoir. J’avais à faire un passage psychologico-nerveux des plus déliés, et je me perdais continuellement dans les métaphores, au lieu de préciser les faits. Ce livre, qui n’est qu’en style, a pr danger perpétu continuel le style même. La phrase me grise et je perds de vue l’idée. L’univers entier me sifflerait aux oreilles, que je ne serais pas plus enragé abîmé de honte que je ne le suis, qqfois. Qui n’a senti de ces impuissances, où il semble que votre cervelle se dissout comme un paquet de linges pourris ! – & puis le vent resouffle, la voile s’enfle. ce soir, en une heure, j’ai écrit toute une demi-page. Je l’aurais peut-être achevée, si je n’eusse entendu sonner l’heure & pensé à toi.

Quant à ton Journal, je n’ai nullement défendu à B. [Bouilhet] d’y collaborer. Mais je crois seulement : que lui, inconnu, débutant, ayant sa réputation à ménager, son nom à faire valoir, & mousser, il aurait tort de donner maintenant des vers à un petit journal. cela ne lui rapporterait ni honneur, ni profit. et je ne vois pas en quoi cela te rendrait service, puisque vous avez le droit de prendre de droite & de gauche ce qui vous plaît. – Pour ce qui est de moi : tu me comprends que je n’écrirai pas plus dans celui-là que dans un autre. à quoi bon ? & en quoi cela m’avancerait-il ? S’il faut (quand je serai à Paris) t’expédier des articles pr t’obliger, de gd cœur. Mais quant à signer, non. Voilà vingt ans que je garde mon pucelage. – Le public l’aura tout entier & d’un seul coup, ou pas. D’ici là, je le soigne. Je suis bien décidé d’ailleurs à n’écrire par la suite dans aucun journal fût-ce même la R. des Deux M.  [Revue des Deux Mondes], si on me le proposait. Je ne veux ne faire partie de rien, n’être membre d’aucune académie, d’aucune corporation, ni association quelconque. Je hais le troupeau, la règle & le niveau. Bédouin, tant qu’il vous plaira. citoyen, jamais. J’aurai même gd soin, dût-il m’en coûter cher, de mettre à la première page de mes livres que « la reproduction en est permise », pr afin qu’on voie bien que je ne suis pas de la Société des gens de lettres – car j’en renie le titre, d’avance, & je prendrais vis-à-vis de mon concierge plutôt celui de négociant ou de chasublier. – Ah ! ah ! je n’aurai pas tourné dans ma cage pendant un quart de siècle, et avec plus d’aspirations à la liberté que les tigres du Jardin des Plantes, pour m’atteler ensuite à un omnibus et marcher trottiner d’un pas tranquille sur le macadam commun –Non, non – Je crèverai dans mon coin, comme un ours galeux. – Ou bien l’on se dérangera pr voir l’ours. – Il y a une chose toute nouvelle & charmante à faire dans ton J. [Journal], une chose qui peut être presque une création littéraire, & à quoi tu ne penses pas, c’est l’article mode. Je t’expliquerai ce que je veux dire dans ma prochaine. Il me reste à peine assez de place pour te dire que ton G. t’embrasse.





ILLUSTRATIONS

Fac-similé

Lettres de Gustave 23/01/1854

Réponse de Louise 04/04/2020

(brouillon de culture)

Gus Flaubert
23/01/1854
1 h du mat
Louise Collet
pcc Jean Jacques Dorio
04/04/2020
4H DU MAT
Flaubert à 50 ans
photographié par Nadar
fac-similés :
enveloppe et signature autographe
du maître romancier

COMME MILLE ÉTOURNEAUX DANS UN ARBRE





L’histoire de l’art est pleine de jalousies

De coups bas de crapuleries

Les beaux artistes adulés ou haïs

Se font maints crocs en jambes

Souillent exècrent se traitent

(je cite) de pleutres simulateurs

arrivistes faux témoins mouchards





C’est réjouissant c’est Rabelaisien

Surtout que à l’opposé

Ce même auteur ordurier

Est capable d’imaginer

Cent mille oiseaux dans un arbre

aux mains immergées…





Shakespeare que j’imagine

Comme un hétéronyme de plus

de l’homme Pessoa (Personne)

a tout dit :

Le monde entier est un théâtre

Et tous hommes et femmes

N’y sont que des acteurs

Ils ont leurs sorties

Et leurs entrées

Et chacun dans sa vie
A plusieurs rôles à jouer





https://www.youtube.com/watch?v=MBzfmvwHs84