ÉCRIRE N’EST PAS QU’UN JEU

écrit tel quel 14/07/2020




Écrire n’est pas qu’un jeu…mais un peu tout de même.

Un jeu où l’on écrit avec le sérieux et toute la joie de l’enfant qui joue.

Un jeu où l’on suit des règles, bien qu’on aime les changer tout le temps.

Sauf cette main réglée, sur l’orthographe exacte, sur le sens et le non-sens,

les mots en vadrouille, mais tenus, même en faisant quelques écarts,

par la langue françoise.

On taille, on coupe, on bêche.

Et quand le journal, au sens du travail d’un jour, est fini,

on plante là ses outils jusqu’au prochain exercice,

et on passe à autre chose.

Sauf que, en ce qui concerne précisément, celui qui trace cet écrit,

son journal essentiel, se déroule la nuit.

Comprenne qui pourra.

Ceux qui dorment la nuit sont hors-course.

Les autres, éveillés, mais qui luttent pour dormir,

tournant et retournant leurs insomnies,

font un mauvais calcul.

Quand la nuit remue,

il faut sauter sur son manège,

et laisser aller.

Ça apaise, ça écrit.

DIRE thé des écrivains, conférence et bavarderies.

manuscrit un peu pâle son décryptage est en cours
Dire. 
Dire que celui qui écrit ne sait pas ce qu'il va dire.

Dire qu'il prend soin de l'écrire.

Dire que ce beau papier chiffon et coloré fut acheté,
avec celle, qui aurait tant aimé lire cette page,
dans une boutique qui s'appelait
le thé des écrivains.

Dire que je n'ai jamais pris le thé avec un écrivain,
une écrivaine, ni d'ailleurs,
un enfant de la balle, qui lit sous chapiteau
de petits textes, à livre ouvert.

Dire, que pas plus tard qu'hier, je relisais,
dans mon jardin d'été,
ce merveilleux poème d'un auteur de l'Inde du XII° siècle,
que nous vîmes un soir au Cloître des Carmes,
en Avignon,
adapté par Jean-Claude Carrière
et mis en scène par son ami Peter Brook.

Dire qu'il s'agit de La conférence des oiseaux,
et d'une Huppe qui les entraîne à la catastrophe.

Dire que souvent je mettais mes élèves collégiens
en présence du Conte du merle blanc,
pour le lire et le réinventer.

Dire qu'en si peu de temps,
j'ai épuisé ma page
de mes bavarderies.


12/07/2020




UNE ABONDANCE LACTÉE

IL NE FAUT PAS CROIRE CE QUE JE VAIS ÉCRIRE




ABONDANCE LACTÉE





Il ne faut pas croire absolument ce que je vais écrire

Mais un peu tout de même

Peu à peu je décolle de mon époque

Un cas d’école

T’es plus dans l’coup Papa (bis)

Une chanson de mon époque





Peu à peu être absolument moderne

disparaît en moi corps et biens

C’est prendre ses distances envers

l’homme aux semelles de vent

qui finit par vendre du plomb et des fusils

au Négus





« Ô Gus tu connais Charlie Mingus »

Ô oui Jonasz  ta chanson n’est pas naze

PARADIS AU RAS DU SOL




Mingus tirant sur les cordes de sa contrebasse

comme sur son havane

Je l’ai suivi toute une nuit dans le théâtre

de plein air de Châteauvallon

Assis à cinq à dix mètres de lui

Quasiment dans l’orchestre

C’était comme vivre une heure au Paradis

Au vrai Paradis au ras du sol





J’écris cela sans la moindre crédulité

mais un peu tout de même

Une abondance lactée aurait dit Max Jacob

en parlant de son pote

le poète Guillaume Apollinaire





(à suivre au prochain népisode

comme on disait dans les anciens feuilletons)

https://www.youtube.com/watch?v=__OSyznVDOY

Moanin une pièce de Charlie Mingus
 jouée par des dieux


DANS CE RECTANGLE DE PAPIER IMPRIMÉ





LA TRACE ET L’AURA





à Jacqueline Saint-Jean





Ne te soucie pas de ta trace

Tu es seul.e à ne pouvoir l’effacer





Quelques lettres bien placées

Mises en forme c’est le fonds

Qui manque le moins

Le corps souffrant ou joyeux

On fait avec ce passe-temps





J’en ferais bien autant

Murmure le lecteur

Abusé par ceux celles

Qui ont mis les barbelés

Entre les génies parfaits

Et l’homme du commun





J’en ferais bien autant

Mais j’ai perdu le goût

De répondre aux inventions

invitations

De m’y mettre pour de bon

moi aussi





Et pourtant dans ce rectangle

de texte imprimé

il n’y a rien d’intimidant





Si ce n’est sans souci d’épargne

Puiser étoiles et coquillages

Matière ardente

Transmise par la pression instantanée

D’un océan d’inexprimé





Quelques lettres bien placées

Et nos idées se meuvent

Quelque part dans l’inachevé









citations en italique par l’ordre d’apparition

Matière ardente Jacqueline Saint-Jean (recueil qui  vient d’être publié) 2019

Océan d’inexprimé Julien Gracq (préface à Poisson soluble d’André Breton) 1950

Quelque part dans l’inachevé  une expression de Rilke écrite « contre la musique » (1910)

Mais il fera amende honorable en 1914 (Retournement)

Quelque part dans l’inachevé formule reprise comme un credo joyeux par Vladimir Jankélévitch

(livre d’entretien avec Béatrice Berlowitz 1978)

SANS POINTS NI VIRGULES

Un bon cœur bat de la naissance à la mort un cœur qui a des points est un cœur malade

Pierre-Albert Birot   Grabinoulor





À dire d’un seul souffle





La langue qui remue quoi de plus fonctionnel où alors il faut l’attacher la trancher l’arracher et cependant si on se met à l’écrire avec ses doigts par exemple ce qui en effet semble le plus naturel doigts et mains à plume à clavier à crayon à bille si nous restons dans l’actuel plus ou moins universel avec ses doigts qui la tirent plus que de raison la travaillent la recensent à défaut de l’encenser la langue commence à faire des siennes elle s’oublie elle se libère elle ne veut plus bêler bégueter chevroter quémander l’avis du spécialiste savant ou singe grammairien ponctuel à réclamer syntaxe orthographe et ponctuation exactes c’est-à-dire conformes à l’usage d’un tel écrivant il y a quelques siècles qui paradoxalement n’avait cure des points virgules jusqu’à ce qu’un imprimeur ancien compagnon pressier vienne mettre un peu d’ordre dans tout ça car tant qu’à raisonner il faut bien montrer et marquer les temps de la pensée petit morceau par petit morceau ne pas confondre le moment du donc de celui de l’et du par conséquent et du étant donné que enfin quoi il faut un peu de raisonnement que diable ainsi donc naquit dame ponctuation ou monsieur brisure si l’on préfère petits fétus par petits fétus petites semelles de plomb par petites semelles de plomb pour gravir une à une les marches pour poser une à une les marques de la phrase numéro un puis de la phrase numéro deux ainsi à l’infini pour que la dame ne s’essouffle pas trop aille s’éventant s’économisant de reposoirs en reposoirs pour que monsieur nous les brise bien comme il faut de la tête aux reins et même si l’on osait on descendrait un peu plus bas un doigt virgulant un autre pointant un troisième qui sait quoi tous signes étrangers à cet arc poétique continu jeté à cette seule arche suspendue à la recherche de l’écrit et de la joie qui sans raison résonnent et qui vont sans souci du quand ponctuera-t’on la fin sans freins et sans trompettes