JOURNAL DE MER

 

UNE CABANE DE MOTS
 
Non vraiment non
Mon petit poème
Ne sauvera personne
D’une mort annoncée
 
C’est juste une cabane de mots
qui pousse de guingois
pour un dernier hommage
à la Terre-Mère
 
Et aux humains discrets
Qui ont nourri leur vie
De vent d’océans
Et de l’humus dont ils étaient faits
 
*
UN GRAND PRIVILÈGE
 
à Jean-Marie Corbusier
 
C’est un grand privilège
Assis dans la douceur
Des vagues incessantes
De leurs rumeurs de leurs nuances
 
Je  lis et les oublie
J’écris sur un exemplaire
du Journal des Poètes
Dans l’odeur âcre des posidonies
 
C’est un grand privilège
Mais qui le sait ?
 
 
photo sur le motif
plage de Fos sur Mer
avec le dernier exemplaire du
Journal des Poètes
88° année

TEXTE À DEVINER PEU À PEU


Filtre à café 3
manuscrit
le fond est de Fabienne Verdier





TEXTE À DEVINER PEU À PEU
C’est à n’y pas croire
 
il ne faut pas croire que le texte que vous lisez va s’écrire tout seul au fil de l’épée de la plume en pensant à autre chose mais vous pouvez le croire si ça vous chante il ne faut pas croire que ce texte est un tissu d’abstractions comme on dit à tort de l’art soi-disant abstrait cosa mentale cependant il l’est un peut tout de même on y a réfléchi mais une fois lancé c’est une autre paire de manches il ne faut pas croire que mon texte est hors-sol sans fond tréfonds fondements sillons creusés dans la terre cultivée par mon père Noël Dorio dont le travail quotidien s’appelait un journal il ne faut pas croire que ce foisonnement verbal n’est pas fait de coupures d’arrêts de pannes d’écriture de sentiers qui bifurquent comme dans les fictions de Borges où l’image de la bifurcation n’est pas celle de l’espace mais celle du temps il ne faut pas croire que le temps consacré à cet espace soit matière à penser le discours de la méthode car il ne faut surtout pas prendre pour argent comptant le je pense je suis mais ce que je suis c’est ce que je deviens le deviner peu à peu, le suggérer : tel est le rêve. Préférer Stéphane Mallarmé à René Descartes, c’est, vous l’avouerez, à n’y pas croire.