TEXTES SANS FIN mais non sans raison

manuscrit original sur la couverture et la quatrième de mon premier recueil de poésie publié en 1975




AU LIEU DE S’ÉTEINDRE, à l’âge de mes derniers automnes, une certaine véhémence d’écriture me poursuit.

Témoin ce texte, que je viens d’ « entamer » quelques minutes avant 3 heures du matin, et que rien ne m’incitait à faire courir sur la page blanche. Si ce n’est ces feuilles cartonnées, vestiges de la couverture de mon premier livre imprimé (en 1975), et qui sont dans une boîte de rangement en plastique, à portée de main, à côté de ma table de chevet.

Je l’écris après un réveil, comme il m’arrive d’en faire deux ou trois par nuit, consécutif à un rêve qui traînait, une sorte d’impasse. (J’avais perdu un numéro de téléphone important qui me reliait à mes père et mère. Je voyais sous mes yeux des listes manuscrites, mais je ne trouvais pas, à mon grand dam, le numéro recherché.)

Au lieu de s’éteindre, comme chez l’immense majorité de « mes compatriotes », selon la formule du président de la République, quand il s’adresse à la Nation, voilà que me pressent les mots et les lignes, les vocables et les phrases, plus ou moins correctes grammaticalement, ou un peu, comme cette dernière, de guingois.

Au lieu de s’éteindre, le feu couve en permanence sous la cendre, avec quelques tisons qu’un souffle dans la nuit, rougit, et qui me permettent de « fagoter » (si je puis dire), ces textes sans fin, mais non sans raison.

(UN DICTIONNAIRE À PART MOI)
texte en cours 

SUR MON CAHIER D’ÉCRITURE





Je mets tout à plat

Tout ce qui sort de la pénombre
Sans en faire tout un plat.

« Comme un astre éclipsé »

ajoute Baudelaire,

dans un sonnet.





Je mets tout à rêve,

les amers et les doux,

les longues nuits sans trêve,

qui grèvent et dégrèvent,

le langage qui doue

mes vers d’un doux froufrou.





Je mets tout à dire,

les Sirènes les oiseaux-lyres,

« la nuit approbatrice »,

d’un Mallarmé Phœnix,

les lèvres qui murmurent

l’amour des métaphores,

le mot « humble » qui n’a pas de rime,





Tout ce qui s’inscrit

sur mon cahier d’écriture,

avant d'aller rejoindre

la belle forme d’un livre.





sur mon cahier d’écriture

manuscrit premier jet

C’ÉTAIT LA NUIT





C’était la nuit

L’honneur des poètes

Que personne plus ne lit





C’était la nuit

Spirale d’un Nerval

« engloutissant les Mondes

et les jours ! »





C’était la nuit

Celle qui donnait le souffle

« aux enfants du limon »           





C’était la nuit

Sous la grotte Sibylle

Bredouillait ses énigmes





C’était la nuit

La nuit désenchantée

L’esprit de poésie

D’un poème oublié





14/11/2020

c’était la nuit

TRAIN TRAIN DE NUIT

manuscrit tout chaud ma poétique est-ce du toc ?




TRAIN-TRAIN DE NUIT





toctoc toctoc

est-ce du toc ?

ou bien le rythme

d’un train de nuit





je tiens la rime

que brise le soc

d’une charrue

qui va et vient

sur cette page





plage de nuit

pour conjurer

mes insomnies





tictic trip tique

et se dérobe





ma poétique

comme dit l’Autre

ce n’est pas « Je »





est-ce du jeu ?





29/09/2020

4h24

TOUT UN POÈME





J’aime la simplicité des relations humaines

et la complexité pour soi

qui cherche 





Que sais-Je ? interrogeait Montaigne

J’ajoute et ne corrige pas

 

J’ajoute

Je ne rature pas





 Certitude du matin devient incertitude du soir

et dans la nuit – souvent – j’y vois plus clair





Caminante no hay camino el camino se hace al andar*

Ce petit chemin qui n’existe qu’en le faisant

Tout un poème !





*Antonio Machado

« Le seul chemin qui vaille c’est celui que l’on découvre en marchant » JJD