UNE PROSE ENDIMANCHÉE





J’ai tourné et retourné sept fois la langue dans mon songe, tant et tant que je l’ai effacé. Et je suis là dans mon lit de réveil, la tête vide, sans images, après ce premier somme.

Dans un quart d’heure samedi va basculer vers ce jour où enfants on nous endimanchait.

Lors, il était interdit de marcher dans le ru, de bleuir ses doigts à la haie de mûres, de jouer au béret dans la fange du pré.

Comme souvent, mais à condition que l’on ait son cahier de nuit prêt à accueillir l’encre d’une plume, le vide créé dans ma caboche m’a permis, après un long temps de quasi hébétude, de faire émerger ses images d’un paradis enfantin que l’on croyait perdues.

Ma prose maintenant est passée, je peux refermer le cahier.





passage du 19 au 20/12/2020

Un ajout

Moi et Soi

Cette histoire de soi qui s’écarte de moi, ce n’est pas que dans les livres. Je me réveille d’un court somme, (le premier de la nuit), avec la sensation d’une conscience paradoxale : je ne sais plus l’espace d’une seconde, où j’habite, quel jour on est, quelle est mon identité…Ça pourrait semer le doute, ça me donne l’énergie venue de ce courant mystérieux « antérieur à la connaissance ».

L’OCTOSYLLABE ÇA REPOSE





L’octosyllabe ça repose

-ici j’ai marqué une pause-

S’arrêter avant de lancer

la machine d’un fier poème

C’est humain mais c’est pas malin





Bon maintenant j’y suis je pense

Je passe sur le pont de Cé

-où c’est Cé ? c’est où vous voudrez-

Un livre ancien dans ma besace

Vie ordinaire de Perros

En vers de huit pieds s’il vous plaît





L’octosyllabe ça repose

Mais faut pas trop lui demander

Ainsi j’ai souvent remarqué

-pensée plus ou moins tourmentée-

Que poésies qui vont le monde

S’égarent souvent dans sa prose

Combien de femmes dans une rose

Et combien d’hommes dans un homme ?*





*Georges Perros Une vie d’homme

FOLLE SAGESSE D’UN CURIEUX CONFINÉ DANS SA LIBRAIRIE*





*(au sens de Montaigne

c’est-à-dire sa bibliothèque)





furtivement je circule

dans mes objets accumulés

sous forme de livres – parcelles,

lopins, modèles réduits

de la prose du monde

et de l’enchantement, qui réfléchit,

dans des modes de rêveries inouïes,

sa poésie.





c’est la curiosité qui me guide,

son espace anachronique,

ses « côtés de Guermantes »,

avec « ses sept ou huit figures différentes »

et « cette tour de Babel

 en deux cents volumes »

qui ont la capacité

« de rendre fou un sage.





Et ajoute Gérard de Nerval,

confiné dans la clinique

du docteur Blanche,

« de rendre sage un fou ! »





jean jacques dorio

01/12/2020


	

NE RIEN FAIRE





NE RIEN FAIRE, sauf respirer…et lire, mais en levant souvent les yeux, jetant alors, comme négligemment, sur le papier, cette prose musicale- du moins, je l’essaie.

Le personnage d’une nouvelle de Poe, si j’en crois le romancier espagnol qui rapporte le fait, prend « un interés tranquilo pero inquisitivo hacia todo ». Pour toute chose, il manifeste, deux attitudes en apparence contradictoires. Un intérêt tranquille (je suppose qu’il prend son temps, ne se met aucune pression pour résoudre l’énigme), mais « inquisitorial » ! (il tourne et retourne, « littéralement et dans tous les sens », ces choses qui passent sous son radar ? il fait du Ponge sans le savoir ?). Je n’oublie pas, toutefois, que le tout se déroule dans le flux et le rythme musical, créés par une « nouvelle ».

NE RIEN FAIRE, c’est déjà bien assez pour écrire ainsi, en vis-à-vis, sans compter/conter.

J’envie l’époque de Baudelaire, où ces petits poèmes en prose, flottaient, apparemment perdus, au milieu des pages de journaux de Paris.

NE RIEN FAIRE, la suite m’appartient. Elle ne paraîtra pas sur cette page cartonnée, blanche, dos de couverture de mon premier recueil de poèmes publié.

Oublie tout ce que tu sais sur la littérature, la poésie, la vie écrite dans les journaux du matin ou du soir ou, désormais, sur l’écran (cette mort programmée du lecteur de papier). Passe ta mine dans le taille-crayon, prends un livre, une page vierge en vis-à-vis, et sans rien faire, commence, ici et maintenant, ton exercice de petite prose poétique, limité à une page, pas plus.  

Petites proses poétique en une page

En temps de Covid (sévère), je vous propose un exercice de lecture et d’écriture, partagées.

Pour faire simple, il s’agit d’écrire une série de « petites proses poétiques, en une page ».

1 Tracez sur votre feuille A4,  un rectangle de 16×20 cm. (c’est le format commun).

2 Lisez le texte-souche, ci-dessus, 3 minutes, puis quittez-le des yeux.

3 « NE RIEN FAIRE, sauf… » ce sera votre début (l’inducteur). Que vous répèterez, autant que vous voudrez. (anaphore)

4 Écrivez à la main, en essayant de ne jamais raturer. (ce qui impose un certain « régime d’écriture », maîtriser sa vitesse, ne pas s’emballer).

5 Quand il n’y a plus d’espace sur la page, le texte est terminé.

6 Le recopier (mais rien ne presse, on peut laisser la pâte reposer), sur le clavier de l’ordinateur. Cette fois, vous avez toute latitude pour le modifier (mais à la marge).

7 Envoyez-le en doc joint à mon adresse doriojeanjacques@gmail.com, et je le posterai, tel quel, sur le blog.

8 Il n’est pas sûr que à partir de mes braises le feu se propage, mais sait-on jamais ?

9 Il en est des livres comme du feu dans nos foyers : on va prendre ce feu chez son voisin, on l’allume chez soi, on le communique à d’autres, et il appartient à tous.  Voltaire

PROSE DU QUOTIDIEN AU TEMPS DU CORONA





Depuis le Corona personne plus je ne côtoie

Plus de super marchés

Plus de balades sur ma plage préférée

Plus de poste où je vais peser mon courrier





Ma fille d’à côté me fournit en fruits et légumes

qui viennent de paysans de Croix Sainte

-un quartier des Martigues-

de daurades et de loups

qu’ont apporté les pêcheurs des « petits métiers »

de bonnes miches du boulanger





Ma fille de New York où frappe la pandémie

me raconte ses cours où s’affichent

ses élèves du lycée Français

le ouikend on joue ensemble au scrabble

une application qui compte les points et les secondes

micros ouverts nous devisons

de ses travaux sur les épistoliers du XVI°

de mes poèmes en construction

et j’entends toujours au moins une fois

les sirènes des pompiers de Manhattan





C’est bien d’avoir des filles

à qui l’on a donné

Alain Caillé appelle ça très justement

extensions du domaine du don





Et pour le reste alors pendant le Corona 

le reste ?





Je fais le ménage

Un peu de la maison pour la poussière

Beaucoup de mes écrits

qui comportent les manuscrits sur les cahiers

les pages en A4

les feuilles cartonnées comme celle-ci

où je trace ma prose

Et aussi

tout ce qui est en stock sur l’ordi

ne serait-ce que sur ce blog

que j’ai intitulé sans trop savoir pourquoi

poésie mode d’emploi

C’est la 15° année

que je « poste » au moins un texte nouveau par jour

Il est grand temps de trier de conserver

de composer

et de rayer des pans entiers de ma littérature





Depuis le Corona

 – non ce n’est pas fini

tout ça vient en vrac

et très mal dit

mais ce sont des choses que je fais

et que je vis-





Depuis le Corona aussi

j’ai la chance de prendre l’air

je me promène tous les après midi

et sans autorisation écrite

-mais je ne contredis en rien les consignes

pour éviter que ne se propage la bête immonde

qui tue-

je promène comme on dit ici

à deux pas de ma maison

au-dessus où y a un petit bois de pin

ses sentiers et ses senteurs

de thym et de romarin

la couleur des fleurs

de cistes et de pâquerettes

et le champ d’olivier que j’admire

et au-delà en suivant le fil de l’horizon

c’est la mer la mer toujours recommencée

la passe maritime

ses gros bateaux

qui attendent leur tour d’être chargés ou déchargés





Depuis le Corona aussi

avec les ami.e.s

on se téléphone on se maille

on whatsappe

un peu plus un peu mieux





Au fond et pour terminer

Je ne suis pas pressé d’en finir avec cette vie

une phrase je sais que l’on peut retourner en tous sens

comme ces malheureux que nos saints gens hospitaliers

s’efforcent de sauver





post scriptum





avant le Corona je vivais presque pareil

de livres des autres

d’écrits personnels

de petites ballades sur plage et sur piano

de rencontres magnétiques

avec ceux qui sont loin et proches de mon cœur

je vivais et je vis avec toi

qui n’es plus là

pour me faire rire un peu

et me délivrer de tous ces gens

qui pleurent sur leur sort

au temps du Corona