COMME UN TOMBEAU DE POÈTE

la main écrit et le texte se fait (plus ou moins)




Avant de rendormir les douleurs et les cris

Je lis Frénaud Follain folles guêpes bourdons

Les yeux pleins de fourmis noires et de Néant-

-la-Môme chérie – loin des chichis – de Tardieu

Avant de rendormir les douleurs et les cris





Sois tranquille Philippe qui vient de t’en aller

Le poème ennemi tu ne traceras plus

Tu ne chercheras pas le fin mot de la fin

Ta mort tu le disais poursuivait son chemin

Sois tranquille Philippe qui vient de t’en aller





Les extrêmes se touchent écrit Blaise Cendrars

Il chante Bilbao d’autres le bilboquet

Ou cette fleur absente de nos derniers bouquets





Je t’écris lettre à lettre avec de l’encre bleue

« L’art est long si long La vie en revanche courte

Elle coupe comme un couteau »*

Nos pages noires du tombeau





*Largo es el arte La vida en cambio corta

como un cuchillo

Angel Gonzalez

lecture (et traduction)

HAÏR les puissances des ténèbres









Et je hais toujours la femme jolie

La rime assonante et l’ami prudent

Verlaine

HAÏR




Haïr ne devrait pas appartenir au vocabulaire des païens et des panthéistes Haïr les puissances des ténèbres et le Dieu des crucifiés Haïr le sagouin qui établit une liste des cent meilleurs livres Haïr les Assis qui acceptent la vie telle qu’elle est Haïr ces grands hommes qui démaillotés de leur légende se retrouvent nus mais sans la grâce des Sauvages de nos Tristes Tropiques Haïr ceux qui ont plaisir à verser le sang des lions et des biches Haïr ceux qui rabaissent à plaisir les Saltimbanques et les Architectes Haïr les curés des ouailles vichyssoises et des hordes papales passant au fil de l’épée les Cathares (Tuez les tous Dieu reconnaîtra les siens) Haïr la piétaille qui suit les mots d’ordre d’un dictateur financé par les maîtres des forges et de l’acier Haïr ceux qui n’aiment pas les livres bons et pleins de dictées (Marcel Pagnol) des instituteurs laïques d’Aubagne et des Chartreux Haïr mais encore plus Aimer ce chevalier inexistant paladin à l’armure vide et cette Môme Néant qui laissant cours à sa fantaisie cultive le far niente et la pensée de rin de nos marionnettes caquetantes qui par bonheur A’xistent pas


	

APRÈS LA PAGE BLANCHE





Après la page blanche une autre page blanche

Effronté comme un page Sous les pavés la plage

On devient chocolat en faisant poésie





Après la page blanche le coup de dés fatal

Un poème de deuil après le dur cancer

vainqueur On devient fou À tort et à travers





On crie sur le papier On rend ce crâne vide

à son rire éternel On redit Valéry

au cimetier’ marin où picorent les focs





Sur cette blanche page qui s’irise de gris

Un non-sens verlainien sur l’ardoise indécise

Proche du pur zéro et d’un poème toc





Après la page blanche une autre page blanche

C’est la tienne lecteur grognard de poésie

Qui poursuit impassible le déni de sa mort

L’écriture d’un vers qui te fait chocolat





Ah ! ah ! les vibrations du vieil alexandrin

Jusqu’à ce derniers vers…inachevé pardi !





25 mai 2021





À la mémoire de Josiane Dorio (10 avril 1952-25 mai 2014)

Ma chérie

RÊVER à l’endroit à l’envers





RÊVER

Écrire sur du papier

À la main

À la belle encre…

On croit rêver !





RÊVER

Rêver à l’endroit à l’envers Rêver d’être un pauvre hère Rêver à l’envers à l’endroit Rêver d’être des cons le Roi Rêver du Petit Chose et de la Grande Sophie Rêver de ce notaire pendu à ses breloques à chiffes Rêver de pérorer en pleurant comme une madeleine Rêver d’Apollinaire de Kostrowitzky Rêver du Prince d’Aquitaine à la tour abolie Rêver de ce vers long brisé à l’hémistiche Rêver de ce non da ! et de cet oui ouiche ! Rêver de l’albatros souvent pour s’amuser Rêver du sommeil noir sans baiser de l’aimée Rêver de l’Araignée qui étend sur l’écran sa toile Rêver de ma sœur Anne Ne vois-tu rien venir Rêver de Cupidon troublant les rêves du beau sexe Rêver de cette fête où l’on dit adieu le 24 mai 68 au général Castagnette Rêver de ma tentative d’épuiser sur  deux pages de mon cahier quadrillé les images folles d’une insomnie Rêver de ne plus rêver de romans sur la vie Rêver de la mandoline d’un concerto de Vivaldi Rêver de l’écouter en te contant fleurette Rêver de Jean de Meung qui le premier fit de la Rose un roman Rêver de se rêver à la place d’un.e autre à Venise à Dublin au-dessous d’un volcan symbolique et fortuit…


















	

GUETTER nos rêves sans sommeil





J’aimerais que ma vie ne laissât après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas. C’est l’attente qui est magnifique.

André Breton

GUETTER




Guetter les souris du grenier. Guetter le moment propice. Guetter les perdrix rouge sang. Guetter l’arrivée de monsieur le ministre. Guetter sa chérie sous la brise. Guetter la chanteuse des rues et des places publiques. Guetter la rabouilleuse de l’étang de Berre. Guetter le monstre du Loch Ness. Guetter nos rêves sans sommeil. Guetter le Fol Lunatique et le Fol Sympathique. Guetter Méphistophélès. Guetter la lune romantique. Guetter le gazouillis de l’oisillon. Guetter le bug informatique. Guetter Louis XIV sans sa perruque. Guetter l’appel du Général. Guetter les lavandières du Portugal. Guetter Diogène dans sa barrique. Guetter l’allumeur de réverbères. Guetter l’instant où nos joies se transforment en peine. Guetter Guillaume sous le pont Apollinaire. Guetter l’araignée du soir. Guetter le lézard des murailles. Guetter le zèbre qui se cabre. Guetter la poule aux œufs d’or. Guetter le dernier des Mohicans. Guetter le vendeur de mouron. Guetter les nymphéas éclos à Giverny. Guetter les loustics et les aigrefins. Guetter Aristophane sur la scène d’Épidaure. Guetter la cantatrice chauve. Guetter Gavroche sur la barricade de la rue de la Chanvrerie. Guetter les punaises de sacristie. Guetter le métèque de Moustaki. Guetter l’homme ayant les défauts de ses qualités. Guetter les porteurs de mélancolie. Guetter la femme bleue d’Henri Matisse. Guetter la dernière flèche empennée de nos lèvres bien-aimées.