LE PLUS BEAU LIEU DU MONDE





Le plus beau lieu du monde

est là dans mon poème,

dans cette forme ronde,

manège de soi-même,

dont le cogito vagabonde

de ligne en ligne

de vers en vers,

dans ce que j’imagine

chez Nerval ou Prévert.





Je suis le desdichado,

Je suis comme je suis,

Je suis ce que je pense,

Ce nom qui me transcende,

Dans tous les lieux où je fus,

l’espace et le temps d’un poème,





Je suis cette personne autre,

Cet étrange étranger,

 Habitant cette langue « fraîchissante et rose »*,

Du plus beau lieu du monde.





*Marcel Proust

le plus beau lieu du monde est là dans mon poème

	

L’ÉCRITURE OPIUM DES NUITS





Les mots c’est de la poudre blanche*

Les mots écrits à la plume

au stylo fin sur ma planche.

Comme Nerval, clinique Blanche,

Imagine ses filles de feu,

Sur des cahiers à l’encre bleue.

Les mots c’est mon opium des nuits,

Je sors leur atout de mes manches,

Le Fou, le Bateleur, le Pendu.

C’est l’histoire d’une vie,

Qui invente ses Figures,

Entre mémoire et oubli.





*italiques Emanuele Coccia

Libération 6/11/2020

mots en voix

DICTIONNAIRE DE RIMES





Dictionnaire de rimes, mes grains de sénevé,

Qu’élisent dans le crible, mes doigts et mes pensées.





Je réduis la voilure,

Du moins en apparence,

Je pousse la gageure

Entre rire et silence.





Dictionnaire de rêves, un chat les yeux mi-clos,

Au bout de mon stylo, miaule au Cap de la Hève.





J’entrecroise sans trêve

Les mondes vrais et faux,

Le fruit interdit d’Ève,

Hyacinthes sous la faux.





Dictionnaire où j’appelle les belles citations,

Ainsi faisait Montaigne, « le badin de la farce »,

C’était bonne distance, fausse naïveté.

Il « pillotait » les fleurs de l’imagination.





Je finis là ma geste,

Laissant à mon lecteur,

L‘ajout d’un petit zeste

D’un article enjôleur.





X/XI/MMXX





dictionnaire de rimes
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PASSONS AUX CHOSES SÉRIEUSES





Passons aux choses sérieuses

Quelques vers passe-partout

Battant des nuits la semelle

L’or du temps sans repentirs





Passons aux choses poèmes

Tant que marche la cervelle

Loin des hommes prédateurs

Qui déchirent et broient la vie





« Je » est universel

« Moi » moi le corbeau noir

Des peurs des guerres et des haines





Passons aux choses légères

Barques Voiles au soleil

De l’enfance au naufrage

La vie musique et poésie





Et par ici la sortie !

*

CREDO





Rien ne me paraît plus négligeable que le poète réduit au poète.

Paul Valéry





Je ne crois pas en la poésie

Mais au mouvement sans cesse recommencé

Qui me porte vers un poème.





Ceux que je connais par cœur

et que je me récite

Quand le temps ne passe pas

Ceux que je découvre

Et qui toujours résistent





Ils m’obligent à faire l’Essai

De rassembler

Tout ce qui au fil du temps

S’est morcelé :

Le poème et ses exigences

Le poème et ses lignes d’horizon

Qui semblent faire se rejoindre

Le ciel et la terre

Le ciel et la mer

Le ciel et le néant





Le poème comme expérience

Et la distance à maintenir avec son risque mortel

Celui de se prendre, chemin faisant,

pour un « poète ».





lecture




CONTRE-POÈME




Poète ?

Je veux bien

Mais alors

Caméléon

Une couleur

Pour chaque

Passe :

Amour et désamour

Jubilation et disparition

Quiétude et inquiétude

Sol y sombra

Cris et rires

Écriture





Liberté sur paroles

Camées et caméléons

Bibelots abolis

Du faiseur de poèmes qui regarde le monde

Au-delà du bout de son nez