SPINO ET LE PASSAGE D’UN GOÉLAND (reprise du poème 6)





Si l’Esprit veut pouvoir comprendre, nulle partie du Corps ne doit souffrir de malnutrition, ni non plus de suralimentation.

Bernard Pautrat (Ethica sexualis Spinoza et l’amour)





Si l’on ne sait quoi faire

Autant lire et relire Spino(za)

(Annoté ici par son traducteur

entre Corps et Esprit)





Autant faire le compte de nos désirs immodérés 

de gloriole (ambitio)

de mangeaille (luxuria)

de bouteille (ebrietas)

et d’argent (avaritia)





Avec en sus le mystère de la libido

que notre professeur traduit « lubricité »





À cet instant curieusement un « gabian » au vol lourd

passe devant sa fenêtre ouverte sur la nuit

et se met à goaler :

La vie bonne ! la vie bonne !





Oui se dit-on elle est secouée de toute part

Et telle cette poésie contrariée

Elle n’est jamais gagnée


	

SONNET À CONTRE-COURANT





L’eau descend des ardoises du toit
Sur lesquelles parfois on écrit
Un poème. L’eau sel de la vie
Encre sentimentale pour te délivrer d’ego

Eau des sources irrigant les plantes 
Qui n’en demandent ni trop ni trop peu
Eau des torrents et des lettres de sable
Dans un livre qui te hante

Eaux de l’amont 
À la naissance de l’Amour et du partage
Des poètes aux pieds dansant

Qui font Sonnets en forme de ballade
Nageant contre la marée…
et toujours à contre-courant


UNE LITANIE ÉCRITE AU LIT (reprise du poème 5)





reprise du poème 5
Il faut écrire
pour ne pas être lu
C’est le paradoxe

Il faut lire
Le cru et le cuit
à toutes les équinoxes

Il faut compter
Nos pas perdus
Dans nos petits châteaux de Bohème

Il faut regarder
la Grande Ourse
en lisant ce poème

Il faut écrire
Comme un Prévert
Qui se la coule douce

Il faut lire
Comme une bête
Ange ou pource*

Il faut poursuivre
Cette litanie
Adressée à un lecteur innocent
Que l’on course


*Rimbaud (un hapax)

SONNET DE NOS FRÊLES BRUITS





Plus que le drapeau rouge le drapeau de l’anarchie paraît être l’emblème qui conviendrait à notre espèce.
Michel Leiris « Frêle bruit » (La Règle du jeu IV)

Poursuivre le jeu malgré l’âge
Poursuivre le je(u)
Morceau après morceau
Pièce après pièce

En traçant ses traits noirs
Comme cercles protecteurs
Comme l’enveloppe des nuits
Où l’on glisse une à une Ses lettres de noblesse

Comme la langue que l’on tire au néant
Comme la bouche d’ombre d’où sortent nos frêles bruits
Comme le noir matriciel des cavernes & leurs animaux dansant sous la torche du feu sacré

Comme ses pattes de mouche à la surface des cartes blanches jaunes ou bleues
Comme les chiffres rouges inscrits sur l’écran des heures et des minutes
Comme la colère tranquille de nos ricochets


UNE POÉSIE POUR PERSONNE ET POUR TOUS (reprise du poème 4)





Qu’est-ce qu’il va encor nous inventer ?
Se dit le lecteur de la douce France

Le poète de service l’entend murmurer :
-Tiens, pense-t-il, encor un qui quasiment me tance
Moi qui croyais que la poésie,
personne n’en lit*

Douce France en attendant étale une à une ses cartes de patience
-Ça tombe bien se dit Cheval le facteur préposé à distribuer des lettres sous forme de pavés littéraires

Poésie pendant ce temps s’offre un petit Chagall intitulé Le Poète
Sa tête est verte mais posée à l’envers
Le Faiseur de vers a mis son bleu d’O.S.
Il recopie un poème élastique offert par son ami Blaise

Voilà il y a assez de matière pour que tu puisses poster le tout sur poésie mode d’emploi
Le blog où depuis douce France mais aussi l’Afrique, l’Amérique et même le royaume d’Utopie
On attend patiemment chaque nuit l’apparition d’une poésie


*Marc Guino (éditions la Boucherie littéraire » 2021