ET VOUS COMMENT VOUS DÉBROUILLEZ-VOUS AVEC MAI 68 ?

« Que tu sois environné par le chant d’une lampe ou par la voix de la tempête, par le souffle du soir ou le gémissement de la mer, toujours veille derrière toi une vaste mélodie, tissée de mille voix, où de temps à autre seulement ton solo trouve place. »
Rainer Maria Rilke





Avec Mai 68 je me débrouille comme je peux…

manière de parler sur un sujet des plus embrouillés

et qui risque, si l’on n’y prend garde, un jour de disparaître

Ou bien, encore pis, d’être confondu avec les révoltes culturelles

de Civilisations Autres que celle mise en branle

par les Éblouis de la Sorbonne et les Affichistes des Beauzarts





Avec Mai 68 dont les papiers collés ornèrent les murs symboliques

d’une muraille de Chine serpentant autour du Quartier Latin

Hybridations de signes en rouge et noir qui affolèrent les bêtes à cornes

Cours cours camarade le vieux monde est derrière toi

Et les mandarins et mandarines de Nanterre

C’est la faute à Voltaire C’est la faute à Bendit





Avec Mai 68 le Corps Social tel un géant de Rabelais

envahit le Grand Bazar et se dresse écrivant,

écrivain collectif d’un corpus pulvérisant les vieilles lunes

de l’Odéon du Panthéon de l’Académie des vieillards

du Temps proustien momifié





Avec Mai 68 je me retrouve raturant au stylo bic

les pages de littérature imprimées à Saint Germain d’Après

avec l’éponge qui enlève la poussière du tableau noir

pour le rendre apte à accueillir les paroles

dictées une à une par les participant.e.s

des Comités D’Action, dans une cour d’école,

un coin de rue, la cantine d’une usine occupée…





En ces lieux imprévus où fleurit ce texte collectif,

magnifique, moqueur, moteur d’une voix anonyme,

ouvrant de temps en temps, cette voie individuelle,

où depuis Mai 68, nos solos  trouvent  place…


	

LES CHEMINS QUI RECULENT VERS LE FUTUR

Agenda 10 au 16 mai 2021

Lundi 10/05/2021

Chardonneret, cardelino en provençal, petit oiseau bariolé du chardon épineux. Plusieurs tableaux montrent l’enfant Jésus près de sa mère vierge, le tenant au bout d’un fil, en jouant. J’apprends que dans un passage du texte biblique c’est un chardonneret qui ôte les épines au front du crucifié. Il est midi chardonneret, le séneçon est là qui brille, attarde-toi va sans danger, l’homme est rentré chez sa famille. Qui plus qu’un lézard amoureux, peut dire les secrets terrestres, ô léger gentil roi des cieux, que n’as-tu ton nid dans ma pierre.   René Char (Complainte du lézard amoureux)

Mardi 11/05/2021

Curiosité. J’ai découvert hier Martine Storti, grande fervente à bonne distance (une rareté) de Mai 68, qui faisait sa philo à la Sorbonne à l’époque des événements et dont j’ai commandé hier 2 de ses livres sur le sujet*. Puis, (c’est la curiosité), le soir regardant un docu sur le 10 mai 81, j’apprends que la même dame était dans la voiture de Mitterrand (avec Danièle et sa sœur), revenant après la victoire de Château-Chinon sur Paris.

* « 32 jours en Mai », « Un chagrin politique : de mai 68 aux années80. »

Mercredi 12/05/2021

Je parle au papier avec un stylo violet

L’écriture en effet m’en fait voir de toutes les couleurs

Je parle aussi dans ma tête confusément les yeux fermés

Je parle souvent sans parler

Jeudi 13/05/2021

Rêve au réveil. Je conduisais je voyais des gens dans une petite ville. J’allais sur la gauche vers un lieu ombragé par une cathédrale. Je devais m’arrêter pour cassecroûter. Mais je m’apercevais que je devais revenir en arrière pour rejoindre ceux et celles qui m’attendaient. C’était la cata.

Vendredi 14/05/2021

Soit. Je revois soudain l’annotation fétiche dans la marge de mes devoirs de philo en terminale. Soit. À vrai dire c’est le seul prof éveilleur de mes années d’école normale d’instituteur. Sa leçon commençait toujours par une question écrite au tableau vert avec une craie qu’il faisait sonner.  Il attendait alors nos premières réactions dont il remplissait le tableau. Ensuite il fallait trier et s’orienter dans le maquis de la philosophie.

Samedi 15/05/2021

Si vous cueillez du thym dans une prairie, ne le faites pas votre smartphone à la main, car à la fin, grisé par votre bouquet, vous risquez d’oublier sur le champ votre mobile.

Dimanche 16/05/2021

Caminante no hay camino, se hace camino al andar. Je me suis essayé bien des fois à traduire cet aphorisme d’Antonio Machado, sans vraiment y arriver. Et puis ce matin je reprends autrement le problème. Je m’abreuve à la source. Il s’agit d’une longue suite intitulée Proverbio y Cantares, composée de LIII (53) fragments. Camino culebrero, m’aurait dit mon ami Felix, le docteur des llaneros vénézuéliens, avec qui je parcourais joyeux les chemins qui reculent vers le futur de notre foutue civilisation. Mais ceci est  une autre histoire. Le chemin, toi qui par miracle me lit, ce sont tes traces…et rien de plus.

ENIVREZ-VOUS ! (suite)









Cet enfer marchand

Tout s’achète Tout se vend

La fricassée de l’âme

Avec son automobile





Cet enfer marchant

Sur l’éducation et la santé

L’art et la créativité

Métamorphosant les individus

En consommateurs zombis





Cet enfer du Tout Économique

Et de leurs hommes de main

Thuriféraires offrant l’encens

Aux dieux de la Bourse

Et du Produit Intérieur Brut





Cet enfer qui te prive

Des ressources infinies

De ton for intérieur

Qui t’interdit de goûter

L’art vivant du théâtre

Où les paroles sont plus fortes

Que tes actes privés





Tes actes privés d’amour de vin

De poésie de liesse et de l’ivresse

Baudelairienne…Enivrez-vous

Pour ne pas être les esclaves martyrisés

Du Temps…et du discours marchand !









Enivrez-vous JJ Dorio dit C. Baudelaire

	

CHOSES QUI FONT BATTRE LE CŒUR









La naissance des enfants

Et des petits faons





Les Constellations de Joan Miró

Peintes à la gouache

Et à l’essence sur papier





Les poésies de Charles d’Orléans

au puits profond de ma mélancolie





L’encre noire comme le sang

de nos nuits sans encrier





La Fraternisation

portée au plus haut point

En Mai 68





La Disparition

Ce livre sans eux





Et ce dernier vers

Pour Celle

Que la mort a fauché





Choses qui font battre le cœur

MAI 68 FLEUR ÉPHÉMÈRE D’ÉTERNITÉ





Écrire encor Mai 68 ?

Tu as bu tu abuses

Tu parcours les nuages de mots clés

Contestataires Enragés

et  – on l’a oublié- ceux et celles qui étaient

comme toi les Inorganisé.e.s





Écrire encor les vieilles lunes

Les crapules staliniennes

La Chinoise tournée par le plus con

des Suisses prochinois

La Chienlit du père De Gaulle

Assis sur son trône élyséen





Écrire encor la joie pure et désintéressée

Plutôt la vie Fraternité

La servitude volontaire moquée

Dix ans ça suffit

Les affiches collectives des Beauz’arts

Les rencontres sur les places

Et dans les rues sans hiérarchie sociale





Écrire encore tant que vyvrai

Avec l’énergie et le souffle

Sens dessus dessous

À la chandelle de la bougie Jankélévitch

Ce je-ne-sais-quoi et ce presque-rien





Écrire encor 68 pages sous les pavés

68 phrases bombées sur les murs

L’Art c’est ce qui rend la vie

Plus intéressante que l’Art

68 prises de paroles

Comme en 89 ils ont pris la Bastille





Écrire encor et toujours mai 68

Tu ne demandes rien à Personne

52 piges après Ça t’occupe

Ça te libère ça t’émoustille

Et le reste les Tristes Figures

Qui croient liquider le mouvement

de Mai

Hop ! Hop ! Hop ! Hop !

Tu leur chantes la chanson de Béranger





Vous n’aurez pas ma fleur

Celle qui me pousse à l’intérieur

Fleur cérébrale et fleur de cœur





Mai 68 Cosa mentale

Fleur éphémère d’éternité…





Citations sur l’Art Gérard Fromanger

Sur la Bastille Michel de Certeau

Le poète a dégoupillé la parole, annonçait un papillon de la Sorbonne. C’est un fait dont nous sommes témoins pour l’avoir vu et y avoir participé : une foule est devenue poétique. On s’est mis à discuter enfin de choses essentielles, de la société, du bonheur, du savoir, de l’art, de la politique. Une palabre permanente se répandait comme le feu…





Michel de Certeau