VERS À REBOURS soumis aux aléas

à rebours




À rebours… mes vers boustrophédonnent

ce va et vient que trace mon stylo

et qui met à jour le vert du vocabulaire

que quelques oiseaux bergeronnettes

– encore nommés hochequeues –

viennent picorer





À rebours…ce roman dont le héros

déballe sa bibliothèque à l’esthétique

décadente…Amours jaunes

de Jean des Esseintes…reclus

à Fontenay-aux-Roses





À rebours…n’en jetons plus

Reprenons joyeux rires de la vie

Amarcord…io mi ricordo..

Je me souviens de Magali Noël

tenant le rôle de la Gradisca…

en Rouge et noir

soumise aux aléas





À rebours…de ce charabia

Je me promène en ce lieu rare

Où les fleurs de ma rhétorique

Sont neiges de printemps..

Flocons d’argent d’Apollinaire

Et que n’ai-je son gai savoir…





hypnographies 5/8

PETIT FORMAT PETIT PAYS









Petit format petit pays

De poésie que l’on déplie

Rimes volées aux souvenirs

Ou à un rêve chimérique

Qui te réveille te secoue

Et te laisse baba





Petit format petit pays

Tu te souviens de la chanson

La na céu bo é um estrela

La bonne étoile d’Évora

Cesaria la Capverdienne





Petit pays petit format

Un pays doux doué d’amour

Et menacé de solitude

Spleen que Baudelaire nomma

La courtoisie d’un troubadour

Un vers tissé d’incertitude

















hypnographie 4/8

L’ART DES DIGRESSIONS





hypnographie 3/8




On n’en finit pas de remplir des carnets

Où l’art des digressions nous fait marner

Passer de bourrasque à bonace

De sournois et retors à bonasse





On n’en finit pas d’épucer ses dictionnaires

De rimes de synonymes d’antonymes

De mots d’argot de poissonnières

De pages où l’on décline ses hétéronymes





On n’en finit pas de passer pompons les carillons

Depuis la cour d’école des farandoles

Ouverte aux filles et aux garçons

Jusqu’aux derniers adieux

Après la grande cabriole





On n’en finit pas on n’en finit plus

Plume qui passe douant d’imaginaire

Ce corps de nuit traversé de soleils

Et de vers écrits sur des livres

Ou laissés comme ici

En suspens


	

EN MAI VA-T-ON ENFIN DANSER ?

Agenda 19 au 25/04/2021

Lundi 19/04/2021

Rêve du matin-fin de nuit. Je suis au Pérou. Je vois une montagne dressée comme un cône. Et je raconte à je ne sais qui, un événement qui s’est réellement passé en juin1970 : deux jeunes hommes dans un champ se battaient à mains nues, froidement, pour régler je ne sais quelle querelle d’honneur, entourés d’une haie de « témoins ». C’était près de la maison où vivait la petite maman mi-indienne de mon ami Felix qui m’hébergeait au sud de Lima, sur la côte du Pacifique.

Mardi 20/04/2021

Avec ce seul objet d’identité sonore : sonnet en X de Mallarmé. Défense à Dieu d’entrer : un vers d’Hugo précédant L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. Mon beau navire ô ma mémoire, chanson du Malaimé de Guillaume Apollinaire. Je recopie ces vers qui me parlent et me transportent de la belle aube au triste soir.

Mercredi 21/04/2021

Anecdota : j’ai passé une bonne partie de la journée à écouter les entretiens « à voix nue » sur France Culture d’Antoine Bourseiller (1930-2013). C’était vers la fin de la vie de cet extraordinaire metteur en scène qui croisa et se nourrit de tant de créateurs. Son spectacle Onirocri, à la Cour d’Honneur d’Avignon, est celui qui de ma vie m’a le plus marqué. Il était entouré de Chantal Darget, la comédienne, femme de sa vie, du contrebassiste Barre Philips, de Carolyn Carlson, danseuse inspirée et de bien d’autres. Antoine B. eut de vrais amis, des « lumineux » comme Camus et des ténébreux comme Godard, le plus con des Suisses prochinois. (sur les murs de Mai 68). En l’écoutant j’ai écrit 5 ou 6 pages de notes et d’anecdotes.

Jeudi 22/04/2021

Le matin en lisant-écrivant jusqu’à midi, je me saoule de musique baroque, un site de France Musique. À l’instant, Sonate n° 24  en ré majeur de Guiseppe Tartini. C’est écrit sur un petit bandeau, car sur ce site pas de baratin, seule une voix lointaine et proche dit de temps en temps dans un souffle : la Baroque.

Vendredi 23/04/2021

En montant hier au site de Saint Blaise, l’Oppidum sans nom*, j’ai la chance de rencontrer Jean C.L., son infatigable archéologue. Il vient de mettre à jour de belles dalles calcaires donnant sur le mur grec « en grand apparat ». Nous bavardons, lui qui vient de découvrir que la fête unissant la fille gauloise et le jeune grec, cette fameuse fondation mythique de Phocée-Marseille, se déroula…à Saint-Blaise.

*Sur l’oppidum sans nom Dorio JJ  Encres Vives collection Lieux (2010)

Samedi 24/04/2021

– Et dis-moi, Bibi qu’est-il devenu ?

– Lolo ?

– Xactement.

– Eh bien, après un séjour parisien, il est retourné à Saint-Malo.

– Et il fait quoi ?

– Mais toujours la marionnette. Mais cette fois les rôles se sont inversés :

C’est sa femme qui l’a tué à coup d’ombrelle !

Dimanche 25/04/2021

Voici la fin d’avril Encor un mois Covid Des morts des vies ôtées Adieux avec ou sans Dieu Voici la fin d’avril

En mai va-t-on enfin danser bon pied bon œil Comme Flamande de Brel chantant cent ans la vie fragile à qui on dit Merci

En mai va-t-on enfin danser ?

NAÎTRE OU N’ÊTRE PAS





hypnographie 2/8

Naître ou n’être pas

Un enfant-roi

Un vieux dans sa poubelle

Déclamant Fin de partie





Naître ou n’être pas

Une marquise sans son marquis

La complainte de Mackie

Dans la voix de Mouloudji





Naître ou n’être pas

Le bijoutier qui fut assassiné trois fois

Le bourrelier de Szczynk

La femme du faiseur de puzzle

(trois histoires de Georges Perec

pour La vie mode d’emploi)





Naître ou n’être pas

Jules Supervielle

Jules Laforgue

Isidore Ducasse Comte de Lautréamont

Tous trois natifs de Montevideo





Naître ou n’être pas

Un singe grammairien

Le pape de la pataphysique

Jean Louis Trintignant ou Sami Frey

Amants chacun trois ans

De B.B.





Naître ou n’être pas

L’année dernière à Marienbad

Montaigne à sauts et à gambades

Un laveur de vitres à Manhattan





Naître ou n’être pas

Cette vache de liste

Qui paissant l’anaphore

Lentement m’empoisonne





Naître ou n’être pas

Ce n’est plus la question

Du calme maintenant

Voici la belle Ophélia

La blanche Ophélie flottant comme un grand lys*





*Un mixte Shakespeare Rimbaud