UN VINGTE DEUX SEPTEMBRE

ce poème est dédié (lui seul sait pourquoi) à André Bellatorre 




poème du soir


dame souris trotte
un pentasyllabe
de Monsieur Verlaine

poème de laine

temps vertical que croise
la ligne de fuite des cœurs


c’est le soir tout simple
ment la musique du soir

de cette équinoxe

un vingte deux septembre

au diable vous partîtes

chantait Jojo Brassens





on ne sait qu’ajouter





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AIMER L’UTOPIE

Jean Jacques Dorio

réécriture fin de l’été-automne 2020





première version en format A4

Encres Vives n° 399

on peut encore la lire
pour 6,10 euros

Encres Vives

2 Allée des Allobroges
31770 Colomiers


LES DEMOISELLES DU TÉLÉPHONE





TÉLÉPHONIE

Tâtonnant dans la nuit, je quitte le bureau de poste où la voix aimée de Grand-Mère ne répond plus.

Ou bien, je crois entendre, mon oreille collée au récepteur, Orphée, répétant le nom de sa morte.

En paraphrasant ainsi, l’auteur prodigieux de la Recherche, je réinterprète alors, cent ans après, la partition des Filles de la Nuit, Messagères de la Parole, ces Demoiselles du téléphone, divinités sans visages.

Sans aucun affect, leurs voix volontairement douces, mais devenues, avec le temps, impitoyables, répètent ad libitum : « Il n’y a plus d’abonnée, au numéro que vous avez demandé. »





« TA PAUVRE VOIX BRISÉE MEURTRIE »…ainsi le narrateur fait l’amère expérience des premières communications transmises par la voix de sa divine mère, au téléphone.

Alors qu’en lui écrivant une lettre, elle savait cacher en une forme maîtrisée, ses joies et ses peines, elle ne peut, en revanche, parlant au bout du fil, donner le change ; sa voix brisée, vaincue, traduit (trahi), la perte insupportable de celle qui l’engendra et l’accompagna, intimement, tout au long (cours) de sa vie.

Et en effet, dans ces cruelles circonstances, cette voix (trop) lointaine, sans le secours du visage aimé à proximité, les caresses de ses yeux, nous glace.

À l’inverse et pour ma part, je n’ai pas oublié le beau visage ridé de ma grand-mère, assise au coin du feu (le cantou),  qui me racontait son passé, vivifié par ma présence, me donnant l’illusion que cette voix singulière, ne serait jamais perdue comme, paradoxalement, ces voix sans personne, que proposait Jean Tardieu, entouré de ses amis poètes, au Club d’essai, l’émission d’une radio libérée en 1945 (la date de ma naissance, couchée sur le livret de famille).





(Un dictionnaire à part moi : deux textes en cours)

DES BABELS DE SILENCE





Sans bouger dans la nuit

Sous la lampe notre culte

         Dans un livre de poèmes          

Nous feuilletons des terres

Des rivages et des voix

Des Babels de silence      

Aux croisements de pistes

Qui bruissent d’isthmes

Et d’intérieurs murmures





Quand le rite prend fin

Il reste quelques mots sur la page

Une forme un espace

quelques traces





Ou bien le blanc

Sur nos lèvres closes

Égarées

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AIMER L’UTOPIE

Jean Jacques Dorio

réécriture fin de l’été-automne 2020





première version imprimée

publiée par

Encres Vives n° 399

en octobre 2011





une page comme par magie

écriture et peinture 
sur le blog de Maria-Dolores Cano

à lire et découvrir en commentaire



	

AU JOUR D’HUI





Aujourd’hui

Ce mot posé sur ma feuille

Comme la main remuant les cendres

 Pour souffler sur la braise de ce jour hésitant





Aujourd’hui

Sans hésiter

Refusant de prime abord les bruits du monde

le journal des penseurs orgueilleux

et les radios des amuseurs de pauvres gens





Aujourd’hui

Commençant pas à pas

le chemin inconnu de ce poème

que je lis en l’écrivant

plus lentement que n’allait Prévert

à l’enterrement de ses feuilles mortes





 Aujourd’hui

Ce jour 
du lundi
21 septembre 2020




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AIMER L’UTOPIE

Jean Jacques Dorio

(réécriture été automne 2020)

(une première version

a été publiée par Encres Vives

en octobre 2011)

ÉCRIRE N’EST PAS PARLER

manuscrit premier jet




ÉCRIRE N’EST PAS PARLER





Écrire n’est pas parler

Parlez-moi d’amour

dit la chanson désespérée





J’offre l’amour des mots

à cette page

selon les caprices des sens





Écrire n’est pas gémir

Pleurer à tout va

Comme les professionnelles

des rituels d’oubli

Couvertes de noir et de cendres





Écrire c’est dans mon lit

Faisant mousser les notes

Et les regards

Dont aucun adjectif

Ne peut dire l’intensité





J’ai écrit ce texte en silence

Sur cet espace donné

Sur ce papier dont j’aime

Le grain de folie et de liberté





Ici et maintenant

Et toujours dans l’inachevé…