DESSOUS DE TABLE ET DU DESTIN

tel quel dans la nuit du 12/07/2020
Dessous de table et du destin.
À un détail près,
Déterrer les vieilles histoires
N'est pas bon pour la santé.

Au détour d'une fiction de Borges,
On allume la lampe d'argile de l'imagination,
et l'on se retrouve sur une planète 
née de "la conjonction d'un miroir
et d'une encyclopédie",
parcourue seulement par dix-sept lecteurs-
lectrices comprises.

Devises de père en fils :
Jean Marot, Rhétoriqueur :
Ni trop ni peu
Clément, Prince des poètes
La mort n'y mord

Dévoiler, agiter ses mots, éloigner ses maux,
comme un beau diable.

Dictées de nuit. 
Je n'écris jamais ce que me dicte la conscience passée.
Ni la bouche d'ombre.

Mon dictionnaire à part moi, ignore l'ordre de l'alphabet.

Ma plume s'arrête là, faute d'espace,
mais nous n'avons pas fini tous deux,
de nous étonner.




DIX DIZAINS





1

S’IL SE POUVAIT





S’il se pouvait…Silence sur la page

Puis peu à peu comme une pluie d’été

S’abandonner…   au babil de Babel

S’abandonner ? Paroles innocentes

Chacun qui écrit tant soit peu le sait
Du moins l’éprouve…Dans un grand désordre

Qui nous vient du corps…

Alors ça te parle ?

Toi qui lis Est-ce-que ceci te remue ?

S’il se pouvait…Silence sur la voie

Que tu es seul.e à pouvoir trouver

voix jjd




2

JE VOIS





Je vois, dis-tu, je vois, tu le répètes

On dirait que tu acquiesces, tu piges.

Mais ce que je disais l’as-tu saisi

ou est-ce un leurre ? On doit vérifier

Alors je recommence mon discours

Bon tu vois te dis-je quand je te parle

je puise dans le langage commun

entre les choses palpables, visibles,

et les mots entraînant nos confusions :

le corps, l’esprit, le vide, l’énergie.

Je vois, je vois, dis-tu, et nous partons

spontanément, d’un grand éclat de rire.

voix jjd




3

REPRISE DU TEMPS





Reprise du temps J’allume la lampe

après un premier somme Et j’écris

ceci (J’ai encore sept lignes à faire)

Mais j’ai tout mon temps c’est ma fantaisie

En attendant je lis et me relie

à un ami poète, langagier tous azimuts

et Pessoen bien sûr –sa dédicace

qui me fait la part belle – mais c’est mieux

pour parler de lui ou-disons-de nous

Voilà vous pouvez tout relire –Chut !





voix jjd
voix Estourelle

4

LE PETIT COMMERCE





Quand tu es seul avec qui fais-tu commerce ?

Commerce sont relations avec autrui

Mais l’autre ici, c’est toi, voix sans personne.

Tu lis ailleurs : le commerce vital

qui alimente nos petites vies.

Est-ce apocryphe ou vraiment écrit ?

Nos petites vies dans le sac à mots

Je parle au papier…mes idées j’entasse

Je ne corrige point…mes embrouillures

Tu pourrais toi aussi faire Essais

version parlée 2




5

UNE VOIX CHERCHANT SA VOIE





Pour que les mots ne cognent dans le vide

Je m’abreuve aux sources créatrices

Diffuses dans les textes difficiles

Ceux qui résistent ceux qui se dérobent

Mots faisant notre humaine condition

Je les reprends les reprise les frotte

Aux différentes formes de ma vie

Une vie qui m’échappe sans emphase

Mais non sans essai de creuser ma voie

Juste une voix de tous et de personne





voix jjd
voix Estourelle

6

INTELLIGENCE





Intelligence : liaisons nouvelles

Parfois dangereuses mais nécessaires

Si l’on veut secouer le cocotier

Façon de parler de paraboler

Dans le sillage d’un nouveau poème

Intelligence mais sans l’illusion

De tout le prêt-à-porter de Sagesse :

détachement et cogito perso

qui oublient la pluralité de l’homme.

À même moi, c’est toi, qui nous invente.





7

  JE SAIS BIEN…

MAIS QUAND MÊME





Même…Ce premier mot usé…Je sais

bien…mais quand même Même si ce texte

semble ne servir à rien Je sais bien

qu’il manifeste une activité

hors-ligne – folie douce, dérision –

Je sais bien qu’il paraît imaginaire

Mais il n’y a pas plus réel que ce corps

Utilisant son imagination

La voix maintenant se tait Je sais bien

On dirait un exercice Oulipien

Mais quand même…









voix

8

TAM-TAM BAOBAB





Tam-tam baobab écume de mots

qui sollicitent les dents et les lèvres

Baobab tam-tam comme un jeu d’enfant

Une danse en rond au tour du géant

de l’Afrique

On tape sur la peau

du tambour des savanes en écho

Tam-tam baobab du blues et du scat

La musique d’Amstrong d’Ella de Duke

Ô sœurs et frères qui nous ensorcellent !





9

L’ÂME





Mon corps-esprit m’imagine sans âme

Et il y a très longtemps que je n’en fais plus

état. Sauf quand je récite Verlaine :

Âme t’en souvient-il ?

et beaucoup d’autres

poètes qui longtemps la tutoyèrent.

Évidemment elle traîne sa peine

à tout bout de champ

dans bien des romans

Et chez tous ceux qui font de Poésie

« un supplément d’âme ! »…

mais bien malade.

Fin des salades

et sans état d’âme.





voix

10

C’EST PAS GAGNÉ





C’est pas gagné On entend ça partout

Un prétexte pour ne rien commencer ?

C’est pas gagné ? Comme une fin des fins

Comme si on touillait déjà les cendres

Sans avoir pris le soin de préparer

son feu.

Chaque essai s’échafaude, va,

au rythme des mots, des images neuves,

que l’on crée, lettre à lettre.

Un passage

en ce monde, où perdre c’est gagner.

Perdre ses illusions et se réinventer.

voix jjd
JJ DORIO 

Martigues

du premier au dix juillet 2020

MES PETITES CARTES D’ÉCHOUAGE





MES PETITES CARTES D’ÉCHOUAGES





Lundi matin dans le jardin chaud mais secoué par le mistral

je lis j’écris et je m’absente

faute d’oiseaux à l’entour je deviens papillon

qui se joue du vent dans l’abricotier qu’il prend pour un berceau





je glisse cette phrase sur une carte format d’identité

alors qu’elle est si éloignée d’une identité bien établie





le soir je reprends la même place

siège en plastique souple et bas sous les arbres fruitiers

le vent n’en finit pas de faire son ramdam

les papillons se sont enfuis





je n’avais pas du tout prévu de poursuivre cette écriture

mais je l’écris pour mon petit fils

qui la lira plus tard

et découvrira que ce jour-là son grand-père a consigné le fait

qu’une maudite guêpe l’avait piquée sur le crâne

alors qu’il faisait du tri sélectif avec sa maman

ma fille





l’autre m’envoie des photos et des impressions

depuis l’île de Nantucket

elle a vu des phoques des vrais





ainsi passent les jours et les soucis

sur mes petites cartes d’échouage

une cigale me donne le dernier la

lecture petites cartes d'échouage

ADIEU VIEILLE VIE ! BONJOUR VIE NOUVELLE !

une brèche dans le soir




ADIEU VIELLE VIE ! BONJOUR VIE NOUVELLE !





C’est comme une brèche, dans le soir d’été, qui naît peu à peu.

Au fur et à mesure, l’ombre s’étend sur le carré de pelouse et les arbres du jardin.

C’est comme une hache qui commence à abattre les arbres de la Cerisaie.

Mais ici la pièce se déroule dans un livre.





Je relis plusieurs fois cette scène poignante entre Lopakhine, le nouveau propriétaire,

et Varia, la gouvernante de la famille en partance,

dont peut-être, il pourrait demander la main.





Deux petites pages de phrases, sans grand relief, ponctuées de silences.

Tchekhov a-t-il hésité, imaginé un autre dénouement ?





Après leurs brefs échanges, on appelle Lopakhine qui sort.

Varia assise par terre, la tête posée sur un ballot de vêtements

préparés pour le départ, sanglote sans bruit.





J’entends la voix de miel de Marcel Maréchal,

qui jouait Lopakhine à la Criée de Marseille, en 1993.

Il vient de quitter définitivement la scène de la vie.

Sans retour. Et sans un dernier salut à la salle.





Il me revient, ce soir, de cette écriture

qui finit à présent dans le clair-obscur,

d’imaginer que cet acteur,

exceptionnel en son temps,

et que le public oublia,

vit toujours.





  • – Adieu, maison ! Adieu, vieille vie !
  • – Bonjour, vie nouvelle !




09/07/2020

SI J’ÉTAIS UNE MOUETTE

si j’étais une mouette
une chanson pour les enfants
et pour les raffinés

SI J’ÉTAIS UNE MOUETTE

Voix paroles et musique

Jean-Jacques Dorio





Si j’étais une mouette

Je volerais dans le bleu

J’irais de Martigues à Sète

Un voyage fabuleux

Si j’étais un ptit lézard

Je serais un baladin

Qui écouterait Mozart

Sous les pierres du jardin

Mais je ne suis qu’un enfant Avec mon corps d’écolier

Qui rêve de temps en temps De partir de s’envoler

Si j’étais un poisson-chat

Dans mes océans bleuis

J’aurais un’ vie de pacha

Les yeux toujours éblouis

Si j’étais cet oiseau-lyre

Du poème de Prévert

Je sortirais du pupitre

Ma musique de trouvère

Et je serais cet enfant Avec mes ail’s d’écolier

Qui s’en irait dans le vent Pour partir pour s’envoler