UN POÈME QUI N’EST PAS EN ODEUR DE SAINTETÉ









Quelquefois ça devient très compliqué

De pousser un mot après l’autre

Pour arrêter l’exercice quotidien

On ferait presque vœu de chasteté

Mais chaste fait passer à châtiment

Ou pire à « caste »

Alors une langue châtiée

Ou le cercle étroit des derniers poètes disparus ?

Non merci





Les Saints lit-on dans le bréviaire des religions

Ne font pas d’enfant

Ça tombe bien car mes poèmes n’ont jamais été

En odeur de sainteté





D’où celui-ci

Maladroit bricolé compliqué

Mais comme un pied de nez

Comme les élastiques de mes vers contournés

Un pied près de mon cœur





Italique Rimbaud Ma Bohème

UNE PROSE ENDIMANCHÉE





J’ai tourné et retourné sept fois la langue dans mon songe, tant et tant que je l’ai effacé. Et je suis là dans mon lit de réveil, la tête vide, sans images, après ce premier somme.

Dans un quart d’heure samedi va basculer vers ce jour où enfants on nous endimanchait.

Lors, il était interdit de marcher dans le ru, de bleuir ses doigts à la haie de mûres, de jouer au béret dans la fange du pré.

Comme souvent, mais à condition que l’on ait son cahier de nuit prêt à accueillir l’encre d’une plume, le vide créé dans ma caboche m’a permis, après un long temps de quasi hébétude, de faire émerger ses images d’un paradis enfantin que l’on croyait perdues.

Ma prose maintenant est passée, je peux refermer le cahier.





passage du 19 au 20/12/2020

Un ajout

Moi et Soi

Cette histoire de soi qui s’écarte de moi, ce n’est pas que dans les livres. Je me réveille d’un court somme, (le premier de la nuit), avec la sensation d’une conscience paradoxale : je ne sais plus l’espace d’une seconde, où j’habite, quel jour on est, quelle est mon identité…Ça pourrait semer le doute, ça me donne l’énergie venue de ce courant mystérieux « antérieur à la connaissance ».

AVANT LE PREMIER MOT LE POÈME EST ÉCRIT





Avant le premier mot le poème est écrit

Il a tourné ta langue t’a donné l’impulsion

Dans une tête vide Sans aucun des feuillets

qui composent un livre – paradoxe insolite





(Maintenant tu les comptes Tes quatre alexandrins

ont fait 8+10+8+6 trent’deux)





Paradoxe insolent tu fais de ta tortue

la témoin attentive de toutes tes battues

Batucadas impromptues près du fleuve Amazone

La tortue à l’époque s’appelait Morocoy

Elle servait de siège aux indiens fatigués

D’avoir passé la nuit en chants hallucinés





Ce poème aux cent mots il faut vite l’oublier


	

J’AJOUTE MAIS NE CORRIGE PAS





J’ajoute et ne corrige pas (Montaigne)

Sur le village où je suis né

Le temps qui passe pas à pas

La langue tirée par le nez





J’ajoute sans me retourner

Repentirs ni mea-culpa

Sans souci de ma destinée

J’ajoute sur la voie ma voix





Celle de Louise qui me noie

Dans la chaleur de sa froidure

Avec mes mots de peu de poids

Plaisirs et tourments que j’endure





J’ajoute ce poème vain

Vingt fois je l’ai imaginé

En vain je me suis escrimé

J’ajoute et ne corrige point

j’ajoute sur la voie ma voix

LE PLUS BEAU LIEU DU MONDE





Le plus beau lieu du monde

est là dans mon poème,

dans cette forme ronde,

manège de soi-même,

dont le cogito vagabonde

de ligne en ligne

de vers en vers,

dans ce que j’imagine

chez Nerval ou Prévert.





Je suis le desdichado,

Je suis comme je suis,

Je suis ce que je pense,

Ce nom qui me transcende,

Dans tous les lieux où je fus,

l’espace et le temps d’un poème,





Je suis cette personne autre,

Cet étrange étranger,

 Habitant cette langue « fraîchissante et rose »*,

Du plus beau lieu du monde.





*Marcel Proust

le plus beau lieu du monde est là dans mon poème