BILLEVESÉES

Il faut accommoder mon histoire à l'heure Michel de Montaigne 
Je lis 00 : 00
Que je traduis par
Minuit pile

J’éclaire la chambre
Laissant entrer en moi
Ses murs blancs

Du non-agir
Cher au sage chinois
Je fais mon miel

Bouche cousue Mots tus
Mille fleurs tournent dans ma tête
Que mon bout de papier
Ne peut accueillir

(N’est pas Ponge qui veut
Qui de la moindre chose
Se frottait les mains)

Je lis à présent 01 : 00
Une heure a roulé
Sur mes billevesées







hypnographies billevesées
manuscrit

POÉSIE en lignes courtes longues à écrire

la poésie est aspiration
la satisfaction la tue

Pierre Reverdy




– Lignes courtes, longues à écrire…et invendables !

Mais pourquoi t’obstines-tu que diable !





– Mais pour mille raisons Gaston





Pour l’écart entre les mots et les choses

Pour la musique avant toute chose

Pour compte tenu des mots, le parti pris des choses

Pour mettre en fureur Machin et Chose

Pour le Capital Poésie dont les voix et les livres

ont la précarité des choses frivoles                                                                            

futiles utiles et vaines

précieuses et folles





– La chose est entendue

Mais ce qui me chiffonne

C’est que ta cause soit irrémédiablement perdue !





– Perdu pour perdu je signe et je persiste

à chercher l’or du temps

en ces lignes courtes

longues à écrire

ou nageant de page en page

je puis, chemin faisant,

me débarrasser de mes idées

qui passent et repassent





Toujours en mouvement

Et dans l’émotion

Qui font l’essence de la poésie

MOTS DE PASSE





Il y a des mots de passe que l’on oublie…mais que l’écriture comme par miracle…restitue

C’est comme un jeu…un pari… sans trop y croire on lance les dés…qui sait ?

Qui sait si le quatre ne va pas sortir en premier…suivi du deux…et du un

C’était la belle époque du 421…en buvant sur le comptoir…le pastis…avec des amandes salées…et des olives noires

Avec des sortes de fous rires…et le juke-box qui jouait Petite fleur ou crachait le jus des Chaussettes noires

Mince…ça fait deux « noires »…une blanche…une fine avec un chic d’eau plate

Plate…le mot de passe est venu…Plate est le nom d’une ferme perchée sur une colline d’Ariège…

Au pied de la métairie il y avait une mare…et dans cette mare au printemps croassaient  des grenouilles…gragnotes que nous attirions au bout d’une ligne…avec du farouch une fleur de sainfoin rouge…plantée dans un trident…et les pauvres batraciennes hameçonnées se retrouvaient dans nos musettes…

Musette…muette…mouette…

Trois nouveaux mots de passe…

L’écriture est une vis sans fin…


	

ÉCRIRE EST UNE ACTIVITÉ QUI VAUT BIEN CELLE DE SE TOURNER LES POUCES

agenda du 22 au 28 mars 2021

Lundi 22/03/2021

15h54     Ahi angosciosa e dispoietata lima Che sirdamente la mia vita sceni, perché non tí retimi

                Si di rodermi il core scorza a scorza, Com’io di dire altrui chiti dà forga ?

Recopier méticuleusement cette langue créée par Dante inscrite dans son recueil la Vita nova. Mot par mot, écorce par écorce, avec cette lime qui fait les rimes et ronge le cœur de celui qui essaie d’étayer sa thèse : « l’amour est plus fort que la mort.» Tout en s’interdisant dans la tradition de l’amour courtois des troubadours occitans et provençaux de « nommer la dame aimée. »     16h04

Mardi 23/03/20201

1h30  

Le froid est la vraie maladie de l’âme. Goethe

De meilleurs hommes crée une meilleure société, une meilleure société qui crée de meilleurs hommes. Georges Izard

1h31

Mercredi 24 mars 2021

5h00  Signe malicieux des dieux qui n’existent que pour donner le change à nos pages d’écriture, à 5 heures du matin ma narine gauche (la plus fragile des deux) se met à saigner, me rappelant qu’il y a soixante-seize ans, à l’heure et à la minute près, je venais au monde…pour le temps de mon passage le raconter. (Vivir para contarlo Gabriel García Marquez)   5h05

Jeudi 25/03/ 2021

7h39  Écrire est une activité qui vaut bien celle de se tourner les pouces. Ici sur l’agenda de l’an 2021 je l’exerce dès mon réveil, marquant de lettres ce jour nouveau, étendu, détendu dans ce lit qu’on nomme un pucier. Écrire est une activité.    7h45

Vendredi 26/03/2021

6h18    Flemmarder. Au lit, au réveil. Un verbe pas du tout péjoratif.  La preuve, il permet de ne pas se précipiter sur la scène de son écriture. Glander. Lisant Sur la route de Kerouac, j’avais repris à mon compte le terme « glandeur mystique. » Tu vois je ne l’ai pas oublié.     6h35

Samedi 27/03/2021

5h20   Qu’on daigne s’enquérir enfin de ma santé, chante Brassens, troussant les vers d’un cocu magnifique, ce pauvre mari qu’on couvre de safran. Ça franchement il fallait l’écrire.  Brassens, La Fontaine de nos amours d’antan.    5h27

Dimanche 28/03/2021

1h22     Je me souviens d’un dimanche des Rameaux à Barcelone où les gens dans le Barrio Gótico portaient des palmes tressées blanches pour les faire bénir ; puis sortant de la cathédrale se mettaient en grands cercles pour danser la sardane, levant haut leurs bras, Hosanna !

CARNETS DE MAUX ET DE RÉJOUISSANCES





Carnets de mots de poèmes initiés par des citations

Carnets de confusions

Bons à jeter

Mais on y tient on y revient

On relit ce qu’un autre soi-même a écrit

Il y a dix ans vingt ans

Trente ans…cinquante peut-être

N’en jetez plus !





Carnets de vie

Pas celle qu’on a vraiment vécue

Mais celle dont on se souvient

« pour la raconter »





Vivir par contarla

Titre choisi par Gabriel García Marquez

pour son livre autobiographique

La vida no es la que uno vivió, sino la que uno recuerda

y como la recuerda para contarla

« La vie n’est pas celle qu’un être a vécu,

mais celle dont un être se souvient,

pour la raconter. »





Carnets de maux et de réjouissances

Écrits qui nous laissent indifférents

Ou qui peuplent nos jours et nos nuits

de cent ans de solitude





Cien años de soledad GG Marquez

vivir para contarla vivre pour la raconter