MOTS ARRACHÉS

manuscrit avec hypnographies




Quelques mots arrachés au silence de la nuit

L’agate les corbeaux les pensées la poussière

L’enfance de Van Gogh Descartes cogitant

Ça ne mène pas loin mais ça fait exister

L’alexandrin boiteux la rime passagère

« Ça éloigne de soi » après un vieux rêve

Où l’on revoit sa grange pleine de totems

Une faux un marteau une pierre de Rosette

L’odeur du foin coupé des plumes de corneille

Échange de regards des objets au sujet

Les mots comme arrachés ont parlé dans la tête

Mais sur la page blanche ils n’ont fait que passer





02/01/20201

quelques mots arrachés

SUR MON CAHIER D’ÉCRITURE





Je mets tout à plat

Tout ce qui sort de la pénombre
Sans en faire tout un plat.

« Comme un astre éclipsé »

ajoute Baudelaire,

dans un sonnet.





Je mets tout à rêve,

les amers et les doux,

les longues nuits sans trêve,

qui grèvent et dégrèvent,

le langage qui doue

mes vers d’un doux froufrou.





Je mets tout à dire,

les Sirènes les oiseaux-lyres,

« la nuit approbatrice »,

d’un Mallarmé Phœnix,

les lèvres qui murmurent

l’amour des métaphores,

le mot « humble » qui n’a pas de rime,





Tout ce qui s’inscrit

sur mon cahier d’écriture,

avant d'aller rejoindre

la belle forme d’un livre.





sur mon cahier d’écriture

manuscrit premier jet

QUELQUES PAS DE CÔTÉ avec Montaigne





La conversation est une joute

Un exercice pour délier l’esprit.

Michel de Montaigne





Je rêve de Montaigne

Nous devisons Nous conférons

Il me conseille sur mes affaires

Mais à sa manière





Nous ravassons Nous rêvassons

Sur cette humaine raison

Instrument libre et vague





Je rêve à Montaigne

Autour du promenoir

De celle qui m’était

– comme il dit de son seul ami –

« la moitié de tout« 

Et dont la disparition

M’a dérobé sa part





Mais nous continuons

Rêveurs témoins

Faisant d’Essais

Sursauts





Sans aucune assurance

Que celle de l’imprévu

Et des pas de côté


	

JE NE SAIS PAS FERMER LES YEUX

une page
écrite les yeux fermés
Dorio
17/05/2020
Je ne sais pas fermer les yeux
d'un premier somme de la nuit
sans les avoir préalablement
laissés courir sur les pages d'un livre

Une fiction une manière de s'oublier
dans un monde lointain étranger
au vieil enfant qui passe ainsi
de son identité à son inidentité

Mais laquelle est la plus vraie ?
Nous demandent Shakespeare ou Lopé ?

Plus on vieillit plus des voix bruissent
sur la scène d'un théâtre
d'éclairs de tempêtes de bruit de portes
et de soupirs qui troublent nos mémoires

Qui parle alors en soi ?
Quelle étrange personne nous invente
ivrogne gueux 
soldat sans patrie
ou roi découronné ?











	

QUAND RÊVE M’ENVELOPPE DANS SON LINCEUL

manuscrit
photo tronquée
écriture et « hypnographies »
à l’encre de Chine
Dorio 16/05/2020





Je me réveille je perds le fil
Du rêve qui était en train 
De me tisser une de ses histoires
Où il m'enveloppe dans son linceul
Pour me rendormir oublier Rêve
Je me mets à compter
Les grains de sable de l'Univers
Qui nous regarde
Compter ce qui n'a ni début
ni fin

Je me rendors je me réveille
Et même "entre" ces deux temps-là
J'aide le vieil écrit a tisser sa toile
Fantôme errant dans sa bibliothèque
Qu'un autre que lui nommait
Sa librairie

Ainsi vivace le corps écrit
Pense ses plaies
Marche sur les braises
De ce volcan
Qui peu à peu
S'apaise
16 mai 2020