SONNET DE L’ÉTRANGER





Cette nuit maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.

Albert Camus  (L’Étranger)





Plutôt que d’accepter le cours des événements

Je lis dans mon lit innocent

Cette nuit par exemple maman n’est pas morte

Devant son feu de cheminée.





Je lui ai dit dans mon rêve

Que j’allais lui ramener une orchidée en or.

Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter.

Que le petit chat n’était pas mort.





Je lui ai dit que si la mort heureuse n’existait pas

Du moins le dernier livre que j’avais écrit

Lui ferait oublier la sienne.





– Et comment l’as-tu appelé, fils ? m’a-t-elle demandé.

L’étranger, maman.

L’extraordinaire étranger.


	

SONNET SANS DIEU NI MAÎTRE





À Jean-Louis Rambour un maître en la matière

Lisez ses 24 sonnets publiés dans son roman

Le cocher poète, Éditions L’Herbe qui tremble.





Chaque être s’enchevêtre, de lui-même incompris.

Il n’a ni Dieu, ni Maître, mais rêve d’infini.

Il forme le dessein de lutter pied à pied,

Mais la raison l’égare et la rime le fuit.





C’est le texte qui crée sa propre rhétorique,

Lisait-on dans les temps des odes inachevées,

De la chèvre à la boue, du lézard à la barque*,

On patauge dans les choses de pays ignorés.





Modernes anti modernes, nos obscures lumières

Bricolent et houspillent les vieilles vieilleries.

Sous douze pieds de vers comme des mouches vertes,





Partout dans l’Univers des atomes obliques

Engendrent tous ces signes qui nous rêvent éternels.

Chaque être se libère de ses mimologies.





*Francis Ponge





« Merci, Jean-Jacques, pour ce sonnet. Pour ce pied de nez (respectueux) aux vieilles vieilleries.

Je me souviendrai de lobliquité des atomes et de la libération de nos mimologies.

La rime ta fui ? Cest normal. Sans Dieu ni Maître, le sonnet ne peut plus être ce quil a été ».

Jean-Louis Rambour

sonnet sans dieu ni maître


	

SONNET DU FEU FOLLET





Tu te sers des poèmes comme d’un élixir

Leurs images leurs ellipses et bien sûr leurs

Enjambements. Tu sais bien que tout ce bazar

S’est initié dans une école de première





Celle qu’on appelle encore la primaire

Celle où tu disais tremblant et de mémoire

C’est un trou de verdure où chante une rivière

Et le cancre sauvé de honte par l’oiseau lyre





Tu te souviens du pré vénéneux de colchiques

Les vaches y paissant lentement s’empoisonnent

Tu en as bien d’autres encore que tu récites

Dans ta tête la nuit comme des chapelets

Ce sont tes amers tes balises tes voyages

En ces pays où tu disparais feu follet  





10/08/2021

UN SONNET ENCOR UN





Un sonnet encor un que Person’ ne lira

Excepté celui qui l’écrit sur son cahier

De contes à dormir la nuit dans ses blancs draps

Un sonnet de Bibi ex-Villon ex-Yéyé





Un jeu mais pas que marronne le père Homère

Créateur de Personne Ulysse l’Inventif

Ah si tu me voyais faire ces vers Ô Mère

Tu te gratterais à coup sûr tes derniers tifs





Des sonnets de mémoire j’en connais un moulon

Moulins à vent des nuits conteuses d’insomnies

Mais çuilà que j’écris en large zé en long





Même s’il disparaît n’est dû qu’à mon génie

Sonnet je suis sonné mais pas tout à fait seul

Quand Poésie s’endort le corps dans son linceul





8/8/2021

un sonnet encor un

DIRE DE LA POÉSIE

dire de la poésie
écrit tel quel 21/04/2021








SANS TITRE





Dire de la poésie…un petit feu pour maintenir

son souffle…c’est un sonnet dit

en pleine nature…au-dessus d’un lac

des Pyrénées ou des Andes…

c’est autour de minuit





Dire de la poésie…son corps immense…

faisant bouger ce qui a déjà été écrit…

hier…il y a cent ans…ou mille





Dire ce qui n’a jamais été dit…même

par celui ou celle qui…chemin faisant…

ont écrit ce sonnet raccourci…

qui saute la dernière ligne…

sans personne pour l’écouter…

sans titre





(une repasse sur le clavier avec quelques retouches)