JE VIS AU VERT





Je vis au vert

Je vis au loin des paysages dévastés par l’inculture des « Moi Je »





Je vis dans le fouillis d’un monde ouvert sauvage

qui se meurt

Je vis le llano la plaine interminable peuplée de tigres et de tatous

de fourmiliers et de perezas

ces extraordinaires singes paresseux

accrochés aux palmiers

« roulant des pensers qu’on ignore »





Je vis au vert

loin du noir éclairé d’un écran de télé

où se succèdent les imbéciles heureux

d’annoncer l’Apocalypse





Je vis au vert

cherchant à parcourir

ces lopins informes et divers

qui forment nos pièces mal ajointées

« Et se trouve autant de différences, de nous à nous-mêmes,

que de nous à autrui. »

ajoutait mon auteur d’Essais préféré.





UN DICTIONNAIRE À PART MOI
patchwork in progress

POÈME ÉCRIT LES YEUX FERMÉS





le monde sur tapis vert

la boule blanche bloquée

au bord du gouffre





une ballade d’Archie Sheep

« écoute Archie il faudrait qu’un jour

on aille jouer Bach sous un baobab »  





une roue à aubes

qui remurmure

la chanson des Nestes

de Jézeau dans les Hautes Pyrénées





un bouquet de violettes

déposé à l’asile de Rodez

pour Artaud le Momo





la rivière Arize

creusant la grotte

de nos hommes premiers

au Mas d’Azil





la voix d’Antonio Tabucchi

le fil de l’horizon qui se déplace

à mesure que nous nous déplaçons





le fil de ce poème

écrit par je ne sais quel sortilège

en revisitant tous ces lieux perdus

les yeux fermés

 

MONOLOGUE DE PLEINE NUIT

MONOLOGUE DE PLEINE NUIT

Scène un





« Une Voix Sans Personne »





Cette nuit je suis vraiment seul

seul seul seul

Là comme un imbécile au seuil

seuil seuil seuil

de mes champs de nuit

Au vrai je suis quand même content

temps temps temps

de pouvoir le dire et de le proférer

Ferré ferré ferré

Tiens voilà le premier visiteur

qui passe et se plante au lieu de la scène

sous les sunlights cassés liquides

Drôle de type ce Léo

Capable du meilleur comme du pire

pire pire pire





Scène 2

Passe un soupir

un petit soupir discret

avec un chapeau noir

et un habit gris





V.S.P

-D’où viens-tu ?

-C’est selon ?

VSP

-Selon quoi ?

S

-Selon le vent, mon compagnon de fortune et d’infortune…

VSP

-Et ?

S

-Et cette nuit, je viens d’un enterrement…

Un vieux rêve que j’ai porté en terre.

VSP

récitant

« Cette nuit j’ai rêvé que j’allais à mon enterrement »

S

-Oui, c’est une sortie de « poète »,

quand il y avait encore des poètes

qui se réinventaient dans une vita nuova,

dans la faille d’une étoffe de soi trouée,

saltimbanques capables de susciter toutes les merveilles

et les menaces qui dorment dans les mots.

VSP

-Longue traversée du désert, patin coufin,

Trobar leu et trobar clus.





Scène 3

La litanie des Si





Si je dois renaître que ce soit dans du bois bien vert

Si je dois mourir que ce soit assis sur la fourche de mon arbre mort

(celui qui date du « temps des cerises »)

Si je dois disparaître que ce soit dans la source d’un poème

Si je dois m’éveiller que ce soit dans la fiction autobiographique

Qui porte toutes les marques  de l’aventure poétique





Scène 4

JE SAIS BIEN …MAIS QUAND MÊME





Je sais bien que l’espérance d’une « poésie libératrice »

-comme on disait naguère de « l’école »-

Est morte et enterrée

Mais quand même je persiste et la pratique intensément

et en secret





Scène 5

Une Voix Sans Personne

s’immisce dans la voix d’un.e poète

né en 1907





Quand je suis né.e mon père m’a appelé René

et ma mère Renée

-ou c’est peut-être l’inverse

ils n’ont jamais été au clair sur le sujet-

Mon roi mage s’appelait André,

Comme ma reine mère, dont le « e » disparaissait,

quand on le prononçait.

Quand je suis né.e, avant les guerres,

Qui ont fait de l’Azur un carnage rougeoyant,

C’était – excusez-moi pour ce rappel obscène-

La Belle Époque !

Quand je suis né.e le peuple des prolétaires

Croyait dur comme Marx, aux « lendemains qui chantent ».

Quand je suis né.e, le coup de dés d’un poète phénoménal

s’abolissait dans le Cubisme.

Quand je suis né.e « Bergère ô tour Eiffel ! »

Porté.e par la chanson du Malaimé

et de la Maumariée…





(travail en cours)

DEUX IMPROMPTUS AUTOUR DE MIDI





Voilà le must

Loin de tout psy

Dans le hamac

Où l’on sommeille

Et l’on lit

Sous le ciel pommelé

Et la complexité d’un arbre

-un olivier, un amandier-

Voilà le master

Qu’aucun professeur

Ne peut valider

Ces quelques mots ajoutés

À l’étrange beauté d’un monde

Où nul ne pense à s’étriper

******************************

Juste avant de faire

le petit somme de onze heures

dans le hamac bercé

je gobe encore quelques mots

pas très catholiques

Mon oeil s’amuse à détendre l’impossible

s’oubliant dans ce sonnet en X

créé par Mallarmé

avec ce ptyx

pure magie de la rime

et hapax absolu.

Ptyx ptyx ptyx

dit la cigale

berceuse de nos fragiles vies .

16 juin 2020

TROIS TRESSES DES JOURS ANCIENS

Quatre roues de fortune
L'une pour le midi
Et l'autre pour Janus
Autour de deux soleils
Le noir Nerval
Le rouge Hugo

Hourrah!
C'est l'alliance des contraires
Voix intérieures
Sautant le mur
Des prouesses des poésies


15 mars 2015
3h16

*

Tu ratisses des soupirs
Pour réveiller tes feuilles vierges
Pour les éclabousser du rouge
Des cerises premières

Ton jardin est une crique
Sel de la terre

Tu ratisses aussi des rires
Des mouettes qui tournoient
Dans l'orbe de tes syllabes

13 mai 2015
5h41

*

à ton chevet
ton cheval
à pied d'oeuvre
manquant à chaque ligne
de dérober
dans la fange ou le roc
l'étincelle des sabots
ou l'empreinte de l'argile
adamique


28 juillet 2015
1h57

ces poèmes ont été publiés dans la revue La Passe
en 2015