J’AIME L’ALLURE POÉTIQUE

hypnographies la main parle à la page




Dès ma première enfance, la poésie a eu cela,

de me transpercer et me transporter.

J’aime l’allure poétique

À sauts et à gambades.

MONTAIGNE





Sur l’ardoise, ce coup de craie.

Et toc, toc, toc, cette musique

que faisaient nos mains écolières.

Jouant avec Calcul Mental

et les dictées des Homonymes.

Encadrée d’un bois, où nos noms

figuraient, c’était notre instit-

tutrice de très vieille roche.

Quel plaisir de relire Ponge !





Nul fanal. Ni conseils. Ni rage

d’écriture. Un petit feu

de braises maintenu mot à mot,

L’allure poétique à sauts

et à gambades.* L’autre scène,

Essais toujours en mouvement.

Paroles écrites. Morceaux

épars de notre palimpseste.

Pensées, pesées paradoxales.

Pavés phénix de 68.

Paroles effacées des murs,

Mais toujours vives en nos cœurs.





Systoles, diastoles, Saveurs.

Poésie, en ce monde qui nie

la cohérence aventureuse**,

se lit sans bruit, à contre-voix,

relie le souffle de Tchouang Tseu

aux Margeries de Jean Tardieu.





Contre la prose, morne plaine

de la marchandisation,

le verbe créateur des enfants du limon.***





** Roger Caillois

à propos des Collages surréalistes

***Raymond Queneau

Roman 1938

LE REVOLVER AUX CHEVEUX BLANCS





LE REVOLVER AUX CHEVEUX BLANCS

Prétexte

À force de noter ses rêves, il ne savait plus s’il rêvait qu’il dormait,

ou s’il se réveillait d’un somme où il rêvait qu’il traversait le Pont des Arts, un livre d’octosyllabes sous le bras.





Je mets la chambre dans le feu.

C’est un rêve d’André Breton

Qui tire à vue depuis la Tour.

La Tour Saint Jacques. Échec et mat.

Seul sans ma belle il m’a tué,

le révolver aux cheveux blancs,*

il t’a tuée.





Poésie ne fait pas de vagues

Elle vogue de nuit en nuit

Sur la barque d’un Anonyme.

Fanal, feu latent, exercice,

Poème en rupture, brisures,

Que l’on recolle pièce à pièce.





Les mots viennent de toute part

Mais il faut les laisser passer

Ou bien les isoler en chambre

De décontamination.





En attendant qu’ils nous reviennent

Avec l’ache et le serpolet**

Silence sur la page noire.





Sans livre à portée j’ai du mal

Mais avec crayon et papier

Je trace pour les recréer

Des guirlandes de l’un à l’autre.

J’ai du mal sans papier stylo

Mais persiste la voix en tête

De tous mes poèmes adorés.





À la fin sans pouvoir me plaindre

Sans voix sans oreille et sans yeux

Je n’aurai alors pour survivre

Que les mots sur les lèvres

de ceux qui m’ont aimé.





*André Breton

** Paul Fort

improvisation

NAISSANCE D’UN DIX-HUIT JUIN





Dans la langue de mon chant

Il y a le souffle de toutes choses

L’abricotier et l’abricot que je viens de cueillir

Et le souffle de ma fille qui un dix-huit juin naquit

Dansez les petites reines
sur une poésie de Victor Hugo
chant et musique
Jean Jacques Dorio
arrangement accompagnement
Philippe Bruguière
en son studio du Petit Mas
aux Martigues
été 2019

JE VIS AU VERT





Je vis au vert

Je vis au loin des paysages dévastés par l’inculture des « Moi Je »





Je vis dans le fouillis d’un monde ouvert sauvage

qui se meurt

Je vis le llano la plaine interminable peuplée de tigres et de tatous

de fourmiliers et de perezas

ces extraordinaires singes paresseux

accrochés aux palmiers

« roulant des pensers qu’on ignore »





Je vis au vert

loin du noir éclairé d’un écran de télé

où se succèdent les imbéciles heureux

d’annoncer l’Apocalypse





Je vis au vert

cherchant à parcourir

ces lopins informes et divers

qui forment nos pièces mal ajointées

« Et se trouve autant de différences, de nous à nous-mêmes,

que de nous à autrui. »

ajoutait mon auteur d’Essais préféré.





UN DICTIONNAIRE À PART MOI
patchwork in progress

POÈME ÉCRIT LES YEUX FERMÉS





le monde sur tapis vert

la boule blanche bloquée

au bord du gouffre





une ballade d’Archie Sheep

« écoute Archie il faudrait qu’un jour

on aille jouer Bach sous un baobab »  





une roue à aubes

qui remurmure

la chanson des Nestes

de Jézeau dans les Hautes Pyrénées





un bouquet de violettes

déposé à l’asile de Rodez

pour Artaud le Momo





la rivière Arize

creusant la grotte

de nos hommes premiers

au Mas d’Azil





la voix d’Antonio Tabucchi

le fil de l’horizon qui se déplace

à mesure que nous nous déplaçons





le fil de ce poème

écrit par je ne sais quel sortilège

en revisitant tous ces lieux perdus

les yeux fermés