DESSINE MOI UN ARBRE

pour Sylvie Gate

 http://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/ 





Dessine-moi un arbre

dans la bourrasque

l’épouvante engendrée

par le chaos climatique





Dessine-moi un arbre

la flamme qui jaillit

d’un cyprès ou d’un if

menacés d’incendie





Dessine-moi un arbre

un mirage amoureux

un nuage d’écorces

où l’on inscrit nos vœux





Dessine-moi un arbre

de collines en collines

un arbre de maraude

et de frémissements





Dessine-moi un arbre

qui respire sans bruit

musique minimale

traversée de nos nuits





Dessine-moi un arbre planant

un arbre sans langue de bois

et sans forêt de symboles





Dessine-moi un arbre

sorti du fond des âges

d’un temps où le non-temps

nous abolit





Dessine-moi un arbre

suspendu impalpable

virtuel et réel

plein et délié





Dessine-moi un arbre

de l’Univers entier

illuminant le texte

de son immensité





Dessine-moi un arbre

en attente de sens

HÔPITAL DES POUPÉES








HÔPITAL DES POUPÉES
 
Jacqueline Saint-Jean
 
Editions Alcyone
 
 
 
 
Comme en hypnose la bruine des images
enveloppe les poupées brisées abandonnées
à l’Hospital de Bonecas
À Lisbonne où des mains artistes réparent les têtes
et les trous au cœur
 
« Poupée-chimère Poupée d’encre
Poupée-poème Poupée des fatigues
Poupée noire trouée Poupée penchée
qui cherche son centre de gravité
Poupée pâle anonyme »
 
Une voix singulière les nomme et les appelle
Elle les interroge imagine le destin
De ces corps désarticulés
« Tombés de quelle histoire ? »
 
Vingt-neuf poèmes fervents
D’une sœur en poésie
Qui « materne et malmène »
Vingt-neuf poèmes
Uniques proliférant
 
Lecteurs Lectrices
Qui aimez les livres précieux exigeants
à contre-courant
des « regards formatés dans leurs prisons d’écrans »
 
N’hésitez pas à vous procurer
« Hôpital des Poupées »
 
Ici une fée patiente
Répare vos mémoires
 
 
Jean Jacques Dorio
Nuit de Noël 2019
 
 
 
 

SEUL.E.S INCLUSIVEMENT





Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui

Paul Ricœur




Seul.e.s assurément

donnant le change

par cette danse tremblée

des lettres sur nos pages





Seul.e.s naturellement

dans cette attention flottante

réservée aux praticiens de l’hypnose

et aux pupilles de la nation des poètes

mort.e.s au front des métaphores vives





Seul.e.s dans les champs de tournesol

nos amours jaunes

et les matières immatérielles

que voient les aveugles

dans les musées





Seul.e.s et dialoguant

avec les portes les fenêtres

les graffiti de charbon

sur les murs des églises romanes





Seul.e.s dilaté.e.s

arpentant les mille et un livres

de notre bibliothèque unique

léguée aux dieux de la dispersion





                                                                                    Seul.e.s à la proue             

mon beau navire

ô ma mémoire*

naviguant divaguant

au cœur des poèmes

sans testaments





*Apollinaire





Seul.e.s terriblement

de ce qui en nous

est dur compassé et frigide*





*Odile Caradec





Seul.e.s vaillamment

Gall amant de la reine*

« el viento galán de torres

la prende por la cintura »**





*Marc Monnier ** Federico García Lorca





Seul.e.s obscurément 

à la lueur d’une chandelle

à la santé des serpes et des serpents





                                                                             Seul.e.s vocabulairement          

écriture inclusive dans la voix des passant.e.s

de nos instants secrets


	

CE TEMPS OÙ L’ON VIT ENCOR DANS L’ÉTERNITÉ

 
  
 1
  
 Dans la nuit qui précède l’aurore de Noël
 Je lis des poèmes que personne plus ne lit
 Des pages ouvertes au hasard
 M’apportent toutes leurs cadeaux
 Clairières des Noces
 Oiseaux mohicans
 Ou cette de Follain
 Les Enfants
 qui sont encore à ce temps
 Que l’on vit dans l’éternité
  
 2
  
 Poème à poème derniers à derniers ils rejoignent
 Le silence en train d’envelopper la terre
 Déjà il n’y a plus d’oreilles pour l’entendre
 Demain il n’y aura plus de parole pour le dire
  
 Arthur Praillet (en 1984)
  
 3
  
 Celui-là c’est le mien
 Unique introuvable
 À qui le fait croire ?
 Mais à Personne pardi !
  
 Celui-là je le sens
 Veut me faire la peau
 Il avance masqué
 Shaman du Monde Autre
  
 Mais je ne bouge pas
 Il passe médusé
 Sous ma petite lampe
 Je glisse cette pièce
  
 Pour les enfants et pour les raffinés*

  
  


 *je ne me lasse pas de cette formule magique
 de Max Jacob
  
  
   




1

Dans la nuit qui précède l’aurore de Noël

Je lis des poèmes que personne plus ne lit

Des pages ouvertes au hasard

M’apportent toutes leurs cadeaux

Clairières des Noces

Oiseaux mohicans

Ou ce petit bijou de Follain

Les Enfants

qui sont encore à ce temps

Que l’on vit dans l’éternité





2

Poème à poème derniers à derniers ils rejoignent

Le silence en train d’envelopper la terre

Déjà il n’y a plus d’oreilles pour l’entendre

Demain il n’y aura plus de parole pour le dire

Arthur Praillet (en 1984)





3

Celui-là c’est le mien

Unique introuvable

À qui le fait croire ?

Mais à Personne pardi !





Celui-là je le sens

Veut me faire la peau

Il avance masqué

Shaman du Monde Autre





Mais je ne bouge pas

Il passe médusé

Sous ma petite lampe

Je glisse cette pièce





Pour les enfants et pour les raffinés*





*je ne me lasse pas de cette formule magique

du facétieux et merveilleux Max Jacob