UN TISSU DE CORRESPONDANCES





Sur cette page blanche

Je vois un tissu de Correspondances

Issues d’une pratique insensée de la couleur

Du son particulier de chaque ligne

Du mouvement qu’entraîne chaque mot

De la rencontre entre la manière poétique

(un peu folle)

de décliner la fable et le mythe (muthos)

Avec la réflexion sur la langue le temps l’identité

(logos) –disons

Transferts – ni en enfer, ni en paradis-

Murmures, balbutiements, figures,

allégories,

et par-dessous tout,

le palimpseste de mille ans

de françoise poésie.


	

FRAGMENT D’ÉTERNITÉ





Peut-être que…effectivement,

comme le suggère

le professeur Bayard*,

en écrivant

ces quelques braises d’imaginaire,

suis-je en train de plagier

(par anticipation),

Quelque poète futur

Qui dans cent ans

Viendra en aide à cette page

Où s’ébauche

la démarche hésitante

d’un fragment d’éternité





*Pierre Bayard Le plagiat par anticipation

BRAISES ET CENDRES





Poésie tourmentée repose aussi…

Long temps après

à la relecture

Braises sont devenues cendres





C’est un peu –comment dire ?-

Comme si l’on recevait une réponse

de nos lettres à nos morts

À force d’insister

l’une d’entre elles

-oui il s’agit d’une morte-

nous a adressé un courrier

que nous lisons mot à mot

sur nos lèvres





Ce sont trois minutes d’étrangeté

Qui semblent durer une éternité

Mais voilà à la fin

des murmures et balbutiements

Il ne reste rien





Seulement ce lit de braises

Devenues cendres





12/02/2021

hypnographies (calligraphies tracées comme en hypnose)
braises et cendres

FAUT-IL SE MÉFIER DES MOTS





                Eluard voulait « tout dire », mais il en manquait. Mallarmé leur cédait, volontiers, l’initiative. Jaccottet a toujours eu la hantise de ne pas se faire leurrer par eux. Tardieu, Monsieur Jean, redoutait celui qui en aurait percé tous les secrets. La liste des amoureux ou contempteurs de mots est infinie, mais à la fin des fins, dans son atelier quotidien où l’on s’escrime avec eux, ça fait « taches de soleil, ou d’ombre » Philippe Jaccottet





taches de soleil ou d’ombre

LA CONFÉRENCE DES OISEAUX





agenda du 08 au 14/02/2021

Lundi 08/02/2021

7h51     « Ils étudient, théoriquement et expérimentalement, l’intrication, la non-localité et la décohérence, dans des systèmes d’une complexité croissante. » Alors que je finis de recopier cette phrase, pour le moins énigmatique, le smartphone entame son chant répétitif, faisant sonner l’alarme à l’heure prévue, me rappelant qu’il est temps de lever les doutes sur ma localisation et de dire adieu aux quantas.    8h01

Mardi 09/02/2021

7h25      Quand Dieu depuis belle lurette est mort et enterré, « rien n’aura eu lieu que le lieu. » Une formule qui clôt, en quelque sorte l’attrait pour le Romantisme, de Stéphane Mallarmé. Mais comme tous les déçus d’une cause, il exagérait. Le « lieu » est aussi ce monde ouvert sur une langue en perpétuelle recherche d’un temps, que nous aimons célébrer, pour « frères humains, qui après nous vivez, » ayant le cœur avec nous adouci.    7h36

Mercredi 10/02/2021

8h39    Jean-Claude Carrière qui vient de s’endormir pour le sommeil définitif, ne pourra plus, désormais, assouvir sa passion de lecture, que « les yeux fermés. » Je prose cette ligne, mélancoliquement, le livre dernier où il fait part de toutes ces expériences « Ateliers », sur mes genoux. La liste de ses rencontres et réalisation est infinie. Au cinéma et au théâtre. Cet été, stimulé par son livre, j’ai relu dans mon jardin La conférence des oiseaux, ce merveilleux poème d’un auteur de l’Inde du XII° siècle, que Carrière adapta pour son ami Peter Brook, mis en scène au Cloître des Carmes, en Avignon. Nous vîmes le spectacle tendrement avec mon épouse…et le cri des martinets, le 15 juillet 1979.    8h43

Jeudi 11/02/2021

8h37     Hésitant ce matin, je me rabats sur les deux textes écrits dans la nuit. Sur la page quadrillée, -mon cahier d’écolier-, une variation autour de la phrase de Roland Barthes « mon livre doit être considéré comme dit par un personnage de roman ». (R.B. par R.B.) Sur la page blanche des poésies, une mise en abyme de mes poèmes « postés » chaque jour sur le blog poésie mode d’emploi (depuis le 08/01/2006) . « Poèmes anthumes », comme il se doit.     8h45

Vendredi 12/02/2021

7h30     Cette nuit, pour reprendre le fil de mon agenda d’hier, j’ai calé. Mes braises n’ont pu embraser la page « vierge et vivace du bel aujourd’hui ». Le poème est resté dans sa « bouche d’ombre. »    7h35

Samedi 13/02/2021

9h15     -Ah ! bon, je croyais que « le dialogue des insectes » était une invention de ce bon Jean de la Fontaine.

             -Tout le monde peut se tromper dit Miró, en dessinant des fourmis rouges avec des nervures de chèvrefeuille et des cigales à l’œuf qui dansent la rumba.

9h30

Dimanche 14/02/2021

5h00    Attention travaux. La matière des mots, des couleurs et des sons, sans cesse étirée, malaxée, mise en forme, manière de maintenir la petite flamme des arts, chercher ce qu’on ne peut trouver, mais « Sirène la mer haute, Contre tempête chante » (Philippe de Thann XII° siècle)    5h05

"Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman"
R.B.