PHÉNIX

En procédant à l’impossible rangement des livres de mes bibliothèques, j’ai effacé tous les noms d’auteurs. Des voix anonymes s’élèvent du papier, images de l’évidence poétique ou paroles qui peu à peu s’éteignent.

À la fin, ma librairie est réduite à une planche branlante de cerisier.

Le peu de livres réunis ont retrouvé un auteur unique refusant de mourir ;

Oiseau des vents, pierre vive, arbre enchanté, métaphores vives embrasant Phénix.

Jean Jacques Dorio <doriojeanjacques@gmail.com>)

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CAUTE

Caute, sois prudent, reste aux abris, fais attention à tout ce qui frappe, blesse, éprouve, « tue ».

Caute, Spinoza en fit inscription sur son blason, pour lui, en effet, sa prudence était une question de vie ou de mort. Cache cet écrit que les autorités ne sauraient voir, ne lui appose pas ta signature, ne va pas dans la rue, même si tu en as fortement envie, pour arracher laffiche délétère du tyran.

Et pour aujourdhui, caute, (méfi !) ne te risque pas sur les réseaux qui poursuivent de leur haine les asociaux, les empêcheurs de penser en rond.

Ton refuge, cest comme du temps de Spino, lecture-écriture, épanouissement dans les secrets des « métaphores vives », dans lesprit qui plane au-delà de ce livre que lon tient dans ses mains.

Caute, cajolant cet « enfant dune nuit dIdumée », lisant en cachette, ce lettré raffiné, absent de tous les journaux et gazettes, entouré de fenêtres ouvertes par un expressionniste abstrait, un musicien répétant ses accords minimalistes, se moquant de cet écrit quun ami lecteur vante exagérément, puis sécrie : Mazette !

QUATORZE JUILLET

Pas à pas dans la nuit
Un chat guette son ombre
Mais il se tromp’ de nuit
C’est une nuit sans ombre

C’est une nuit d’éclairs
De soleils et de bals
De jazz au Chat qui pêche
Et de java aux Halles

C’est une nuit d’juillet
De Jules et de Juliettes
Et de drôles de zèbres
Que Van Gogh peint en Arles
     
Ils écrasent les chats
Avec leurs pas de danse
Heureusement les chats
Se sont changés en ombres

Pas à pas dans la nuit
Ces lignes ont bougé
Mais l’Histoire ne dit pas
Comment les achever

Ce n’est pas le sujet
Dit jeunesse qui roule
Et qui chante Mimi
Où ça ? A Bastille et en foule !

14 juillet de Jules et de Juliettes avec piano et voix chantante

ON PEUT TOUJOURS RÊVER

lecture à haute voix d’un rêveur qui s’efforce de rester éveillé

On peut toujours rêver sur les rives de la mer noire sur les pages blanches d’un certain Monsieur Plume sur les rêves éveillés d’un autre que soi qui aurait pour nom Ovide ou Michaux

On peut toujours faire abondance d’images orageuses de propos de tavernes et de chercheurs d’étoiles qui peignent les comètes

On peut faire d’écriture mouvement et méditation sur le monde sans fin sur la langue que tel un fourmilier du grand llano l’on déplie sur le soi dont l’assise est à réinventer

On peut toujours faire l’écart de côté d’un haïku débridé être grenouille libellule papillon qui rêve de Tchouang Tseu faire plouf comme dans la cour d’une école où l’on jouait aux barres à la marelle et à passez pompom les carillons

On peut toujours ouvrir les portes ou les fermer être cette persona non grata dans la cité du poison des publicités

On peut toujours rêver avec Métis la Ruse avec Mathis et Alice les enfants de nos filles qui furent elles aussi enfants avant que d’être mères

On peut toujours se baigner dans les prophéties d’un vieil héros de l’Odyssée qu’aucun prétendant n’apprécie

On peut toujours boucler cette correspondance d’un autre âge en évoquant l’enfance de l’Art et les tables tournantes de personnages de romans qui alimentent nos belles rêveries

1° juillet 2022

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LE BANNI DE LIESSE ET AUTRES PROPOS DYSPHORIQUES

LE BANNY DE LYESSE

Les écrits du vieil âge montrent souvent « la rouille ancienne ». C’est François Habert qui le dit, lui qui fut nommé Le Banni de Liesse, quand il était (comme moi je le fus) escollier estudiant à Toulouse, quatre siècles avant ma naissance.

SOURIRE INACHEVÉ

Sourire inachevé. On dirait la Joconde. Si Vinci voyait tous ses portraits travestis, iconoclastes, sourirait-il ?

QUE C’EST BEAU LA PHOTOGRAPHI E

J’ai longtemps refusé de faire des photographies préférant enregistrer les sons de la nature, les conversations, les silences. La magie de la chambre noire et l’apparition d’agrandissements me furent « révélés » à Caracas, où nous logions ensemble, par mon ami Michel 1  qui sortait ses premiers instantanés d’indiens et d’indiennes Goajiro. Certains (portraits et paysages) figureraient longtemps après sur « Le chemin des indiens morts », livre d’ethnologie qu’il était loin d’imaginer alors. (Il était physicien). Naturellement avec un pareil « compère » aussi enthousiaste qu’exigeant, ma mue vers le noir et blanc et le plaisir du développement furent assurés.

1 Michel PERRIN du CNRS et du Collège de France en Ethnologie.

QUESTION SANS RÉPONSE

Au lieu de me vexer, j’aime que mon petit fils me pose une question dont je n’ai pas la réponse. Mais tu vas voir Mathis, on va chercher…

LE RYTHME

Peter Brook fait la liste de tous les professeurs qui bloquaient tous ses apprentissages. Tous en réalité par leur prétention « terrifiante », à ce que l’on applique leur méthode, sans broncher. Un seul cependant trouve grâce à ses yeux. Non pour sa matière (la musique) mais parce qu’il mettait en scène les pièces jouées par les élèves et surtout parce que il lui avait donné une formule magique qu’il retint et s’appliqua à faire vivre : « Pourquoi le rythme est le facteur commun à tous les Arts ? »

MANTRA

Poutine assassiné ou mort d’un AVC, ou ce que vous voudrez. Il n’est pas un jour que je ne répète ce mantra espérant qu’il devienne réalité.

DYSPHORIQUE

Je lis le mot dysphorique que je ne connais pas. C’est à propos de Sariette, un personnage proustien sur lequel « crie » Mr Verdurin. Pauvre Sariette . Les moments euphoriques chez lui, c’est niet.

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