

jj dorio
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


jj dorio

ABEILLE
le lecteur doit comme l’abeille composer le miel de ses lectures
Dans les fleurs, on se contente d’en regarder la couleur et d’en respirer l’odeur ; mais les abeilles en expriment un suc dont elles composent leur miel. C’est ainsi que ceux qui, dans leurs lectures, ne se proposent pas (uniquement) l’agrément et le plaisir, en tirent des maximes utiles qu’ils déposent dans leur esprit. Et, afin de suivre la comparaison des abeilles, nous devons imiter en tout leur exemple.


À LIVRE OUVERT mais sans pouvoir sur ses lignes qui se déroulent et s’échappent comme des serpents
À livre ouvert faisant crisser les mots gros gras grand grain d’orge hors jeu et dans le jeu d’une scène irréelle
À livre ouvert tournant dans la nuit les pages à l’envers lecture improvisée pour oiseaux migrateurs ivres de leurs concerts improvisés
À livre ouvert pages arrachées et qui s’envolent capricieuses offertes à notre humaine condition qui en ces temps crépusculaires aiment plus que jamais
partager les couleurs les lumières et les sons toute la part fragile de l’enfance de l’art
où dansent nos idées
À l’écoute des phrases des choses qui m’entourent,
Des portes, des fenêtres, des murs blancs de ma chambre,
des photos sur la commode, du verre d’eau et des boîtes
de faux médicaments, poudres de perlimpinpin,
des chiens qui couinent chez la voisine, des livres de chevet
qui croisent leur faire et leur laisser dire.
À l’écoute des choses qui occupent ma tête et que j’essaie
de déloger, plume à la main, avec tout ce qui se dérobe,
les rimes, les souvenirs et leur oubli.
À l’écoute des choses qui phrasent sur ce papier,
qui n’est pas du papier, des fenêtres et des portes,
des rimes sur les murs qui défient nos soucis,
et ce dernier vers déterrant les lucioles de nos
boustrophédons.
Survivant au covid
Je reprendrai la route
Vers quelque Atlantide
Secrète –on s’en doute
Mais pour l’instant je suis
une à une mes lignes
Je les fais les grafigne
pour savoir qui je suis
« Savoir » ? un bien grand mot
C’est plutôt de pouvoir
qu’il s’agit sur la page
d’un blanc tirant le noir
Ce soir c’est rythmes et rimes
qui s’offrent à mon regard
Le Corps mis en abyme
L’Esprit loin du chambard
du raffut du raout
qu’entraîne le covid
En retrait et candide
Résolu – on s’en doute
Je reprendrai la route
07/12/2020