
dessin graphisme Claude Brugeilles sur un poème de Jean Jacques Dorio
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

dessin graphisme Claude Brugeilles sur un poème de Jean Jacques Dorio
le poème gratuit
ça n’existe pas
il faut payer sa vie
sur le boulevard du crime
– avec ou sans rime –
il faut payer son dû
su deber son décime
à l’entrée du grand dictionnaire
qui fait l’article
poème silencieux
ou déclamatoire
sonnant et trébuchant
sur quelque méprise
que l’on rature et que l’on offre
maintenant et ici
en ce poème vraiment gratuit
Je relis mes fadaises
Elles sont faites des mille et une voix
posées ici
sur ce mode d’emploi imaginaire d’une poésie
en train de s’inventer
Je provoque les étincelles de mes roues à aube
avec le bois du cèdre et le torrent des œuvres
qui les fait continûment tourner :
Libérez-vous de servitude et de vos idées arrêtées
Et passez outre la confusion et la discorde
dictées par la rumeur du monde
Je relie mes impasses
À la trop grande impatience
Qui pousse à la rue les égarés
Dialogues de sourds Refus de s’accorder
Je tâche d’y voir clair
Dans les choses inconnues
Qui viennent de ces mots
Qu’il faut apprendre à taire
Quand tout est confusion
Mais quand je les confie au papier
J’oublie toute prudence
Et laisse résonner
Un parler ouvert ouvre un autre parler et le tire hors
Comme fait le vin et l’amour*
* Montaigne
C’était le temps des bagnoles qui sortaient à la chaîne des usines où l’on chronométrait les cadences C’était le temps de De Gaulle qui sortait son képi sur le chef Alors on ne salue plus disaient les sales moineaux de la chienlit ? On ne salue plus C’était le temps des barriques et des barricades des assemblages de pavés de grilles d’arbres de la ville et aussi des ouatures déesses qu’on y poussait à la fin des fins et qui prendraient feu entourées de clameurs et de dialogues/ enflammés (bis) C’était le temps des mégaphones et du boucan des grenades dans les transistors où l’on collait l’oreille l’esgourde la portugaise ensablée C’était les pendants d’oreilles du temps des cerises des murs écrits en rouge et noir les couleurs de la poésie dont on se rinçait l’œil pendant qu’Ulysse l’inventif déclamait son Odyssée du quartier latin du quartier latin/ où tout le monde était personne et toutes les personnes Dégun (ad lib)
Dégun à Marseille c’est Personne


Cette nuit qui n’en finit pas
j’ai retrouvé des notes écrites en 1973
Pour le plaisir
Des notes sans phrases ni phraséologie
Écrites dans la rue
Au café du Départ
Dans mon hamac tissé par une amérindienne
Loin du logis
Amorces mouvements
Histoire de laisser libre cours
à tout ce qui n’était pas théorie
LireRêver
Rêver à haute voix
De ce qui parle dans la tête
En lisant les paroles rapportées
Des peuples sans écriture
Autant dire
À partir du désert
De notes écrites
par jeu
et par un je anachronique