PASSAGE DES LIVRES





Les livres ne s’usent que si l’on s’en sert

Pour faire de beaux découpages

Pour ouvrir n’importe quelle page

et y chercher son horoscope perpétuel

Pour déchirer toutes les pages 68

Et en faire une belle flambée

Les livres sont des fleurs inverses

Que l’on mange à la lettre

Dans le Secret des Marges

Comme du bon pain blanc

Editions Rafael de Surtis
81170 Cordes/Ciel
passage des livres
" Je peins principalement mes cogitations, sujet informe, qui ne peut tomber en production "ouvragère"; à toute peine le puis-je coucher en ce corps aéré de la voix..."
Michel de Montaigne

HYPNOGRAPHIES

hypnographies : tracées comme en hypnose
 
 Depuis dix ans j’écris chinois
 sans le savoir
 Ça me délasse et me délie
 De mes tracas de mes dénis
  
 Je laisse aller
 Selon
 L’humeur
  
 Brièvement
 Bris et débris
 Épiphanies
  
 Écrits en l’air
 Dans le ciel de la page
 Cherchent la voie
 Sans la nommer
  
 Tracent la perte
 Ouverte aux rêves
 Sans retours
  
 Je les nomme
 mes hypnographies
   


  

             

             

  

       

CÉLÉBRER AUJOURD’HUI LA BEAUTÉ DU MONDE





CÉLÉBRER AUJOURD’HUI LA BEAUTÉ DU MONDE : on croit rêver.

Rêver, imaginer, s’émouvoir de tant d’obstination

pour ne pas rompre le lien avec Nature et la poésie qui la célèbre

avec les mots et merveilles des faiseurs de vers.





Faiseur paraît un peu falsificateur.

Mais non pourtant, le mot porte l’étymologie du poète fabricateur : el hacedor,

que Borges mit en honneur et en doute :





« J’ai commis cette écriture à un homme quelconque ;

elle ne sera jamais ce que je veux dire,

elle ne laissera pas d’en être le reflet. »





Beauté ? Vibrante et percée de souffrances de « notre humaine condition » :

« Le linceul d’un pleur où s’ouvre une rose » Joë Bousquet





La prose certaines fois y accède.

Jusque dans le nom de plume inventé :

Yourcenar anagramme de Crayencour (son père),

qui aimait la belle lettre Y : « un arbre aux bras ouverts ».





Ou cette écrivaine majeure qui choisit le plus simple des prénoms, Colette.

« J’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix ».





Mais la poésie, en une métaphore commune et unique, dit mieux :





Écrire écoute le soir

les ondes vibratoires

de l’espace voyageur

sur les cordes secrètes

Le couchant brûle encore

son chant d’adieu

Un trait noir lézarde

l’éclair de beauté





Jacqueline Saint-Jean (Sauver l’hiver)

Encres Vives 2020


	

J’AI LA RÉPONSE QU’ELLE EST LA QUESTION





J’ai la réponse qu’elle est la question

Les imbéciles heureux dansent ainsi

sur les plateaux de télévision

C’est la danse macabre des avis non partagés

par les spécialistes du tout et du rien





Mais qu’est-ce que tu racontes

me chante l’ami Tardieu

Monsieur Jean qui mouline

sa complainte de la Môme Néant :

« qu’a dit rin, qu’a fait rin, qu’a pense à rin »

puisque « A’xiste pas ».





Entre temps mon crayon cassé

ma table du dimanche renversée

J’ai fait quelques traces

de cet art éphémère des sables mouvants

alors que le soleil couchant

brûlait ses dernières flammes

hypnographies : art éphémère des sables mouvants
parler en se taisant dire en dessinant des choses muettes

JE FAIS LE SAUT PAR LA FENÊTRE





Faute de mieux, mes vers tournant

en rond,

Je fais le saut par la fenêtre.

Sur le pavé je rebondis,

comme le singe grammairien

dont on se moquait dans les revues textuelles,

naguère.





Faute de mieux, je fais le sot,

l’idiot inutile de la vieille métrique,

Métro, boulot dodo,

le dernier empaillé peut se voir dans une vitrine

du Museum d’Oxford (je crois).





Je crois en l’autre, je crois sans croix

et sans manière.

Je regarde par la fenêtre,

cet homme coupé en deux,

qu’affectionnait Breton.





Il aurait dû signer André.e.