



Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour




Le temps pour le poème
est l’arcane majeur
Le temps refiguré
dans une métaphore
Le temps désaliéné
« les promesses de l’aube »
brisées mais non perdues
dans un dire têtu
ni le même ni l’autre
Le temps des nuits entières
qui sonne sans raison
mais non sans résonances
L’horizon de lectures
d’une intranquillité
qui nous tue et rassure
Le temps qui nous murmure
La mémoire et l’oubli
L’amour des fatrasies
Et la sérénité



SUITE DIALOGUÉE
avec Jean Tardieu
– Comment ça marche un poème ?
– Ça marche ça marche sur ses pieds.
– Les petits vers sont-ils heureux ?
– Mon dieu oui Monsieur Tardieu.
– Et les rimes ?
– Ça s’enrhume ?
– Et les pantoums ?
– Ça pantomime.
– Et les odes ?
– Ça s’érode.
– Et la structure ?
– Ça vocalise.
– Et ses lecteurs ?
– Ils sont passés
La mariée était trop belle
Au livre de poèmes
Ils préfèrent les livres à succès.

J’ajoute et ne corrige pas (Montaigne)
Sur le village où je suis né
Le temps qui passe pas à pas
La langue tirée par le nez
J’ajoute sans me retourner
Repentirs ni mea-culpa
Sans souci de ma destinée
J’ajoute sur la voie ma voix
Celle de Louise qui me noie
Dans la chaleur de sa froidure
Avec mes mots de peu de poids
Plaisirs et tourments que j’endure
J’ajoute ce poème vain
Vingt fois je l’ai imaginé
En vain je me suis escrimé
J’ajoute et ne corrige point