AIMER LA POÉSIE





Aimer la poésie…

et tout le reste est littérature

 Aimer Orphée

le luthiste apollinaire

 Aimer le rythme

la chanson des neuf cordes

Comme s’il y avait

une beauté du monde

qui vient et va

et que traduit

– tant bien que mal –

la mélodie contrariée

de ce poème





AIMER L’UTOPIE

AIMER ALLER ARTISAN ASTÉROÏDES AUJOURD’HUI BABELS BOOMERANG BIOGRAPHIE BLOG BOURRU CARNETS CHEMIN CHUTES COUTEAU  DANGER DÉDICACES DIABLE DORIO EFFLEURER ÉNIGME ESSAI EXIL FANTAISIE FÉTUS FRAGMENTS FRONT GAMMES GNANGNAN GRAINS GRATUIT HAÏKU  HOCHET MANIÈRES MARTIGUES MÉMOIRE MOINEAU MORT MYTHES NON-DIT   PAIX PALET PALIMPSESTE PARADIS PARADOXE PASSAGERS PASSER PASSEUR PENSER PHRASE POÈME POÉSIE POÈTE POINÇON POLYPHONIE PUCES QUE SAIS-JE RATÉ RÉALITÉ ROSIER SABLE SILENCIAIRE SOUFFLEUR SUJET TEMPS TRACES UTOPIE

JEAN JACQUES DORIO





TÂCHONS D’Y VOIR CLAIR

Plutôt que de soutenir ce que l’autre rejette

 et de rejeter ce que l’autre soutient,

tâchons d’y voir clair.





Tchouang Tseu

(traduction JF Billeter)





PASSAGERS ÉPHÉMÈRES

Passagers éphémères de la planète Terre

Ronde du temps où nos pas sont comptés


Mais le lecteur qui aime les poèmes

Prolonge leur danse et leur durée

doriojeanjacques@gmail.com


	

F.P en long en large et de travers

 Ne jamais essayer d’arranger les choses.

  Les choses et les poèmes sont inconciliables.

                                              F.P.





À vingt ans beaucoup de Ô ! ( à l’ancienne)

passaient encor sous ses ponts

Mais déjà un glossaire y serrait son Littré

une promenade iconoclaste

dans la serre des mots





Après la mort du père la promesse du fils

d’un même arbre contre le tronc

« Le parti pris des choses »

pouvait se décliner :





le rideau le réseau de la pluie

gouttes d’un grain de blé

d’un pois presque d’une bille 





  le cageot entre la cage et le cachot

 mais dont il convenait de s’évader

 si l’on voulait vraiment célébrer

 l’utilité de cette caissette

tel un  proème qui ne sert qu’une fois





l’huître opiniâtre blanchâtre

petite forme engloutie avec son firmament





le papillon erratique allumette

et tout le bataclan :

une ménagerie d’objets successifs

dont le maître fit bon ménage

remuant en tous sens

leur substance leurs aspects

se gardant bien de manifester

un quelconque ronron poétique :

         son horreur !

!

   Cependant il faut lire jusqu’au bout

   et quand c’est longuement

   le poisson plat soudain baigne dans un soleil

  se levant sur la littérature





 On croît rêver !

Mais non c’est bien Horus

ce faucon ailé qui traverse la page

 en changeant le sexe solaire

 pour la plus grande joie

  de l’Eros bien encré du scripteur





   Apaisé vers la fin « Francis Ponge »

– puisqu’il faut l’appeler par son nom –

  se laisse enfin aller et feint de rendre ses armes

  pour gésir dans un pré

 interminablement





Il range alors ses caractères

dans ce bas-de-casse

– Ô traces humaines à bout de bras !

           Ô sons originaux! –

avec pour ultimes témoins

      le Fenouil et la Prêle : ses initiales !





      Croissant avec l’ardeur d’un clavecin de Bach

                 Quoi qu’il en soit !

                         *

suite épistolaire : 

« une lettre qui n’en est pas une dans une prose qui n’est pas sans aspérités,

puisque toute pleine des choses, engrossée par elles, mais remplie de saveur. »

André Bellatorre

DEUX NUAGES SUR UN OPÉRA DE BAMBOU





MINUTIEUSE, (peut-être), mais MÉTICULEUSE, point. Cette préface sans signature, dont on peut supposer qu’elle fût dictée par l’auteure, avait le charme des formules à l’emporte-pièce, où régnaient la bonne humeur et l’innocence d’un premier ouvrage qui allait être publié.

« IMAGINER sans retenue, mais, OBSERVER lucidement », lisait-on aussi. Et par exemple, à propos d’un vers unique ainsi libellé, « Deux nuages sur un opéra de bambou », la narratrice précisait que cet alexandrin (fortuit), lui était apparu, alors qu’elle essayait de jouir d’un premier somme, s’endormant sur une nouvelle, traduite du japonais et qui avait pour cadre le célèbre jardin Zen de Kenroku-en.

Je rallumais et notais ce vers unique sur un petit carnet à spirale, comme on note les silences, sur une partition de musique contemporaine ressemblant à un calligramme.


	

TERCETS DE LA VINGT-CINQUIÈME HEURE





Lecteur bénévole

Casse la glace en toi

Et jette-toi au feu !





Tu n’écris plus que des poèmes de nuit

Tu n’écris plus que des poèmes

Tu n’écris plus





Les poèmes en prose

La prose du monde

Le monde des assassins de la poésie





Tous les poètes ont affaire avec le mal

Mais un seul a osé envoyer ses fleurs

À son éditeur





Un poème ça se calcule ou non

C’est un moment où l’on bascule

dans l’illusion





Une pure illusion

qui se réalise

ou non





J’ai dérivé sans dérêver

En essayant de ne pas trop obscurcir

Mon propos





C’est la vingt-cinquième heure

Je finis là ma veille

Je range mon papier





dimanche 13/09/2020

de zéro à une heure du matin

UN SONGE QUI SOUS MINUIT SCINTILLE





Je lisais un poème écrit en espagnol. Peut-être d’Octavio Paz, dont je vois la couverture noire,

et le titre en bleu sarcelle, Libertad bajo palabra. J’avais sous mes yeux, une page du livre, que

je lisais et relisais, mais mentalement.

J’étais assis sur un banc vert dans une rue populeuse, où les gens passaient et repassaient, comme

au paseo du soir. Je rêvais aussi, je ne sais plus dans quel ordre, qu’on descendait un escalier, avec

un groupe de personnes ensemble, visitant un musée.

Le poème, que je lisais et relisais,  était une succession d’images, comme dans l’écriture automatique

des surréalistes, mais sous forme de sonnet, forme abolie par André Breton.

C’est alors qu’un personnage envahit l’espace du rêve. Brun avec une moustache,

il passa devant moi, puis revint sur ses pas. Je n’étais plus dans la rue, mais sur le quai du chenal

qui traverse ma ville, en face de sa bibliothèque, rebaptisée « médiathèque ».

L’homme qui était passé devant moi, je n’en doutais plus, était le poète dont je lisais la page.

Carne y hueso, en chair et en os. L’occasion était trop belle, pour que je m’adresse au maestro mexicain.

Je choisissais une ligne forte, belle et quelque peu énigmatique, une étincelle noire, une pépite,

et la lançait en l’air, espérant qu’elle « toucherait » son supposé auteur.

Tendida, piedra hecha de mediodia, ojos entrecerrados donde el blanco azulea, entornada sonrisa. (Paz)

« Déployée, pierre qui sous midi scintille, yeux entrouverts dont le blanc s’azure, sourire entrebâillé. » (Dorio)

Mais la vision s’estompa au moment où trois à quatre individus s’assirent de concert sur mon banc.

Ils ne tardèrent pas à manifester leur hostilité, m’arrachèrent la page du livre et la déchirèrent en mille morceaux.

Le rêve réécrit ce matin, je ne trouve pas d’explication.