CÉLÉBRER AUJOURD’HUI LA BEAUTÉ DU MONDE





CÉLÉBRER AUJOURD’HUI LA BEAUTÉ DU MONDE : on croit rêver.

Rêver, imaginer, s’émouvoir de tant d’obstination

pour ne pas rompre le lien avec Nature et la poésie qui la célèbre

avec les mots et merveilles des faiseurs de vers.





Faiseur paraît un peu falsificateur.

Mais non pourtant, le mot porte l’étymologie du poète fabricateur : el hacedor,

que Borges mit en honneur et en doute :





« J’ai commis cette écriture à un homme quelconque ;

elle ne sera jamais ce que je veux dire,

elle ne laissera pas d’en être le reflet. »





Beauté ? Vibrante et percée de souffrances de « notre humaine condition » :

« Le linceul d’un pleur où s’ouvre une rose » Joë Bousquet





La prose certaines fois y accède.

Jusque dans le nom de plume inventé :

Yourcenar anagramme de Crayencour (son père),

qui aimait la belle lettre Y : « un arbre aux bras ouverts ».





Ou cette écrivaine majeure qui choisit le plus simple des prénoms, Colette.

« J’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix ».





Mais la poésie, en une métaphore commune et unique, dit mieux :





Écrire écoute le soir

les ondes vibratoires

de l’espace voyageur

sur les cordes secrètes

Le couchant brûle encore

son chant d’adieu

Un trait noir lézarde

l’éclair de beauté





Jacqueline Saint-Jean (Sauver l’hiver)

Encres Vives 2020


	

J’AI LA RÉPONSE QU’ELLE EST LA QUESTION





J’ai la réponse qu’elle est la question

Les imbéciles heureux dansent ainsi

sur les plateaux de télévision

C’est la danse macabre des avis non partagés

par les spécialistes du tout et du rien





Mais qu’est-ce que tu racontes

me chante l’ami Tardieu

Monsieur Jean qui mouline

sa complainte de la Môme Néant :

« qu’a dit rin, qu’a fait rin, qu’a pense à rin »

puisque « A’xiste pas ».





Entre temps mon crayon cassé

ma table du dimanche renversée

J’ai fait quelques traces

de cet art éphémère des sables mouvants

alors que le soleil couchant

brûlait ses dernières flammes

hypnographies : art éphémère des sables mouvants
parler en se taisant dire en dessinant des choses muettes

JE FAIS LE SAUT PAR LA FENÊTRE





Faute de mieux, mes vers tournant

en rond,

Je fais le saut par la fenêtre.

Sur le pavé je rebondis,

comme le singe grammairien

dont on se moquait dans les revues textuelles,

naguère.





Faute de mieux, je fais le sot,

l’idiot inutile de la vieille métrique,

Métro, boulot dodo,

le dernier empaillé peut se voir dans une vitrine

du Museum d’Oxford (je crois).





Je crois en l’autre, je crois sans croix

et sans manière.

Je regarde par la fenêtre,

cet homme coupé en deux,

qu’affectionnait Breton.





Il aurait dû signer André.e.

                                                                                                                            

SAUVER L’HIVER

Jacqueline Saint-Jean
"apaise les paupières
accueille l'oubli
C'est l'heure sans bords
où l'horizon s'allège"
Faites venir chez vous son dernier recueil qui vient de paraître
et glissez-le sous votre arbre de Noël
Encres Vives
2 Allée des Allobroges
31770 Colomiers
6,10 




lecture jj dorio
vue de mon jardin 13/12/2020
pour jacqueline saint-jean

AVANT LE PREMIER MOT LE POÈME EST ÉCRIT





Avant le premier mot le poème est écrit

Il a tourné ta langue t’a donné l’impulsion

Dans une tête vide Sans aucun des feuillets

qui composent un livre – paradoxe insolite





(Maintenant tu les comptes Tes quatre alexandrins

ont fait 8+10+8+6 trent’deux)





Paradoxe insolent tu fais de ta tortue

la témoin attentive de toutes tes battues

Batucadas impromptues près du fleuve Amazone

La tortue à l’époque s’appelait Morocoy

Elle servait de siège aux indiens fatigués

D’avoir passé la nuit en chants hallucinés





Ce poème aux cent mots il faut vite l’oublier