J’ÉCRIS opus 2





J'écris comme un délire ce vers à goût de nuit
Puis cet autre oubliant sur ma lyre qui je suis

J'écris ce poème désuet sans attrait
Dans le désert d'une chambre blanche    à grands traits

J'écris avec mon nouveau stylo Stabilo
(pour surfaces lisses, papier, verre, métal)


J'écris par intermittence mais sans ratures
Une présence qui essaie d'oublier toute littérature

J'écris en feuilletant des livres, en général
Ô lit heureux l'unique secrétaire de mon plaisir*

J'écris en particulier sur des livres que personne plus ne lit
à part ceux et celles qui côtoient des rimes à n'en plus finir

J'écris à voix basse ou de cette voix sans personne
qu'affectionnent les poètes qui privilégient la mise en page

J'écris cette quinzième ligne qui atteint la limite
de ce poème à lire...les yeux fermés

*Rémi Belleau (1528-1577)

MOTS DE PASSE





Il y a des mots de passe que l’on oublie…mais que l’écriture comme par miracle…restitue

C’est comme un jeu…un pari… sans trop y croire on lance les dés…qui sait ?

Qui sait si le quatre ne va pas sortir en premier…suivi du deux…et du un

C’était la belle époque du 421…en buvant sur le comptoir…le pastis…avec des amandes salées…et des olives noires

Avec des sortes de fous rires…et le juke-box qui jouait Petite fleur ou crachait le jus des Chaussettes noires

Mince…ça fait deux « noires »…une blanche…une fine avec un chic d’eau plate

Plate…le mot de passe est venu…Plate est le nom d’une ferme perchée sur une colline d’Ariège…

Au pied de la métairie il y avait une mare…et dans cette mare au printemps croassaient  des grenouilles…gragnotes que nous attirions au bout d’une ligne…avec du farouch une fleur de sainfoin rouge…plantée dans un trident…et les pauvres batraciennes hameçonnées se retrouvaient dans nos musettes…

Musette…muette…mouette…

Trois nouveaux mots de passe…

L’écriture est une vis sans fin…


	

COMMENT GOUVERNER UN PEUPLE À QUI L’ON INFUSE LE POISON DES PASSIONS TRISTES ?


Agenda du 3 au 9 mai 2021

Lundi 03/05/2021

Quatre pages d’écriture cette nuit. 1 Il y a des personnes qui ont le goût du bonheur…2 Il y a des choses que je n’aime pas…3 Je n’ai jamais vu Phèdre de Jean Racine 4 Il y a des mots de passe qu’on oublie…mais que l’écriture…comme par miracle…restitue.

Mardi 04/05/2021

Comment gouverner un peuple-roi ? Je savoure ce Traité nouveau d’art politique écrit par le philosophe Pierre-Henri Tavoillot qui m’avait enchanté sur France Culture parlant de son livre sur les abeilles dont le Roi est…une Reine.

Mercredi 05/05/2021

Je ne sais que choisir, que donner à ma plume : 1mon petit-fils Mathis avec qui je suis allé hier soir dans la forêt de pins, lui sur son petit vélo avec son casque bleu, moi le suivant à côté ou au loin quand il me sème… 2 ma lecture de nuit de Roland Barthes Sur Racine : j’apprends qu’à la première représentation Bérénice bénéficia d’un « vif succès de larmes ». R.B. suggère qu’un historien nous donne « une histoire des larmes ». 30 ans après c’est fait, un ouvrage d’Anne Vincent Buffault, mais pour le XVIII° et le XIX°. 3 L’évocation de mon voyage à Berlin Ouest dans les années 60, avec une virée à Berlin Est, perdu dans les ruines baroques entretenues par le régime communiste.

Jeudi 06/05/2021

J’ai fait des « révisions » cette nuit. J’ai survolé les nombreux mouvements poétiques qui se succédèrent au XIX° siècle…jusqu’à Apollinaire. Je me disais Guillaume Il est temps que tu viennes ! Du Romantisme jusqu’au Symbolisme, cette rage des –ismes, exceptés les Parnassiens et les poètes résolument isolés, « dilettantes, maudits », féroces et drôles, amours jaunes et harengs saurs se balançant au bout de leur ficelle.

Vendredi 07/05/2021

J’ai connu Jean-Marie Lamblard en venant à Martigues en 1978. Il était à la tête de l’équipe culturelle qui animait les manifestations de rue de l’été, théâtre, musiques et autres (nos ateliers d’écriture du GFEN) ; un festival joyeux, festif et riche, « pendant » de celui d’Avignon. J’ai reçu hier son livre sur « l’oiseau nègre », l’oiseau pintade (galline pintada en raison de sa tête fardée). En mai 68, Jean Marie amena une troupe de ses oiseaux sur la place de l’Horloge et une trentaine de volatiles prirent le soir leur envol à la Cour d’Honneur tandis que Jaguar de Jean Rouch était projeté.

Samedi 08/05/2021

Je sors d’un rêve compliqué, sur fond de classe de collège ou de lycée. C’est la rentrée, je suis une marée d’élèves et ne retrouve pas ma salle de classe. Quand j’y arrive A. une collègue a commencé son cours. On avait décidé de joindre nos deux classes. Je vois distinctement des visages d’élèves, mais l’objet du cours m’échappe.

Dimanche 09/05/2021

Quelquefois le peuple se fausse fidélité à lui-même. La foule est traître au peuple. Victor Hugo (Les Misérables)

En période de campagne électorale il n’y a pas de réalité qui tienne devant les proférations de Mme Le Pen. Quelle peine de voir tous ces gens la « bader », happés par la propagande de cette petite patronne d’une entreprise de démolition de notre République. Comment gouverner un peuple à qui l’on infuse le poison des passions tristes ?

manuscrit

LIRERÊVER





Cette nuit qui n’en finit pas

j’ai retrouvé des notes écrites en 1973

Pour le plaisir

Des notes sans phrases ni phraséologie

Écrites dans la rue

Au café du Départ

Dans mon hamac tissé par une amérindienne

Loin du logis

Amorces mouvements

Histoire de laisser libre cours

à tout ce qui n’était pas théorie

LireRêver

Rêver à haute voix

De ce qui parle dans la tête

En lisant les paroles rapportées

Des peuples sans écriture

Autant dire

À partir du désert

De notes écrites

par jeu

et par un je anachronique

UNE BÊTE NOMMÉE ÉCRITURE





C’est ça la bête nommée écriture…qui démarre en flashback et se retrouve à My-Ly ou à Oradour…égorgée, fusillée, cramée à vif…par la gent militaire…

La gent trotte-menu ces souris inventées par le bon La Fontaine…

D’un côté la grosse bête Barbarie…de l’autre la vie comme des Fables…dédiées à Madame de Montespan…une belle marquise dit-on…

Non pas celle moquée par le penseur-poète Valéry…la marquise sortit à cinq heures…

A los cinco de la tarde…à cinq heures du soir…quand le maestro cueilli par le bicho– la bête à cornes- dans l’arène sanglante agonise…

Le ciel est par-dessus le toit…écrit Verlaine bon prisonnier…poésie apprise jadis naguère…par un petit paysan de l’Ariège…encore un flache baque..

Si je désire une eau d’Europe…c’est la flache…petit bain rimbaldien d’un enfant accroupi qui lance son bâteau frêle…né de la dernière pluie

Bâteau ivre Bâteau livre…et tout le reste est littérature





hypnographies série 8/8