COMME UN TABLEAU NOIR





Comme un tableau noir de l’école communale

Le grand art enfantin à coup de craies plus blanches

Qu’un fond de Constellations de Joan Miró





Des étoiles de roses d’un sonnet de Ronsard

Étouffées par la mort qui nous a laissé choir

Un souffle un presque rien le cycle recommence





Comme ce tableau noir suscitant l’enjouement

Étude des trilles des vols d’engoulevent

Bestiaire des faucons hagards et crécerelles





Comme des lignes de naissances successives

Les sillons nouveaux les mottes luisantes les vers

Attirant les merles et les bergeronnettes





Les travaux et les jours la palette des nuits
Le temps est à la neige efface ce poème

Qui sautait à la corde d’un temps qui s’est perdu





05/01/2021

manuscrit + hypnographies

AINSI DE NUIT EN NUIT JE ME DÉNUITE





Ainsi de nuit en nuit je me dénuite

Je sors des mots inédits ligne à ligne

Je tisse je détisse je rumine

et poème se faisant je m’oublie





Le Temps reviendra bien me tarauder

Mais quand j’écris il est exclu du jeu

De même que ce « je » qui n’est pas « moi »

Ainsi de nuit en nuit ce beau défi





Comme je m’interdis les repentirs

De raturer de faire des biffures

(au risque d’un vers de guingois mort-né)

J’attends je n’écris que quand j’ai trouvé

Comment touiller le feu le miel la cendre





Ainsi de nuit en nuit je dynamite

Fragments fusées désarrois espérances

Rituel d’oubli mémoire du vide

Hypnose Temps perdu Instants précieux





02/12/2020

LE TEMPS l’arcane majeur





Le temps pour le poème

est l’arcane majeur





Le temps refiguré

dans une métaphore





Le temps désaliéné

« les promesses de l’aube »

brisées mais non perdues

dans un dire têtu

ni le même ni l’autre





Le temps des nuits entières

qui sonne sans raison

mais non sans résonances

L’horizon de lectures

d’une intranquillité

qui nous tue et rassure





Le temps qui nous murmure

La mémoire et l’oubli

L’amour des fatrasies

Et la sérénité





manuscrit « tel quel » nuit du 26 novembre 2020
le temps arcane majeur

	

J’AJOUTE MAIS NE CORRIGE PAS





J’ajoute et ne corrige pas (Montaigne)

Sur le village où je suis né

Le temps qui passe pas à pas

La langue tirée par le nez





J’ajoute sans me retourner

Repentirs ni mea-culpa

Sans souci de ma destinée

J’ajoute sur la voie ma voix





Celle de Louise qui me noie

Dans la chaleur de sa froidure

Avec mes mots de peu de poids

Plaisirs et tourments que j’endure





J’ajoute ce poème vain

Vingt fois je l’ai imaginé

En vain je me suis escrimé

J’ajoute et ne corrige point

j’ajoute sur la voie ma voix

PASSONS AUX CHOSES SÉRIEUSES





Passons aux choses sérieuses

Quelques vers passe-partout

Battant des nuits la semelle

L’or du temps sans repentirs





Passons aux choses poèmes

Tant que marche la cervelle

Loin des hommes prédateurs

Qui déchirent et broient la vie





« Je » est universel

« Moi » moi le corbeau noir

Des peurs des guerres et des haines





Passons aux choses légères

Barques Voiles au soleil

De l’enfance au naufrage

La vie musique et poésie





Et par ici la sortie !

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